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Actions de la zone euro : que nous réserve le quatrième trimestre 2015 ?

Actions de la zone euro : que nous réserve le quatrième trimestre 2015 ?

(Easybourse.com) Alors que le début d'année avait commencé en fanfare sur le marché des actions de la zone euro, le troisième trimestre s'est avéré très sombre. Après une performance de +20% de l'Eurostoxx 50 fin mars, l'indice a lâché plus de 10% entre juillet et septembre. Le Cac 40 a perdu de son coté plus de 7% sur cette dernière période, le Dax plus de 12%. Les indices phares des marchés des actions espagnoles et italiennes, l'IBEX 35 et le FTSE MIB ont fléchi de respectivement 11% et 6%. Parallèlement à la perte de vitesse des différents segments du marché des actions de la zone euro, la volatilité journalière (autrement dit les fluctuations des cours de bourse) a considérablement augmenté. Nous avons souhaité recueillir le sentiment de différents experts de marché sur la probable évolution du marché des actions de la zone euro au quatrième trimestre de l'année. Faut-il s'attendre à un trimestre aussi morose que le trimestre précédent ? Existe-t-il des opportunités intéressantes ? Lesquelles ? Seront-elles suffisantes pour finir l'année sur une note plus enthousiasmante ?

Interview de Alain  Pitous

Interview

Alain Pitous

Directeur général adjoint

Talence Gestion

Interview de Louis Bert

Interview

Louis Bert

Directeur général délégué en charge des gestions

Dorval Finance

Interview de Alain  Pitous

Interview

Alain Pitous

Directeur général adjoint

Talence Gestion

Interview de Bernard Aybran

Interview

Bernard Aybran

Directeur de la multigestion

Invesco Asset Management

Trois principaux facteurs sont à l’origine de la mauvaise performance du marché des actions de la zone euro au troisième trimestre. Ces derniers devraient donner lieu à une révision baissière des perspectives bénéficiaires pour les entreprises de la zone euro. De l’avis majoritaire, celle-ci ne devrait pas être assez importante pour alimenter un « bear market » et aboutir sur un quatrième trimestre funeste. Les corrections à venir provoquées par certains intervenants seront accueillis par d’autres comme des points d’entrée intéressants. Bon an, mal an, le marché devrait parvenir à atteindre un niveau plus élevé que celui actuellement observé.

     Les raisons majeures de la correction du troisième trimestre

Trois raisons majeures sont à l’origine de la correction du dernier trimestre. En premier lieu, le dégonflement de la bulle boursière qui s’était constituée en Chine et qui a cristallisé les craintes des investisseurs sur ce dernier pays. «La formation ainsi que l’éclatement de cette bulle ont été mal maitrisées par les autorités nationales. De là, les inquiétudes des opérateurs de marché sur le ralentissement de la croissance en Chine ont été renforcées par la soudaine intervention de la Banque centrale de Chine début août sur la bande de fluctuation de la devise domestique. L’élargissement de cette bande a laissé penser le marché que le gouvernement chinois laissait filer sa devise pour stimuler les exportations chinoises à l’étranger » éclaire Louis Bert, directeur général délégué en charge des gestions chez Dorval Finance.
Le deuxième facteur défavorable a résidé dans le statu quo de la Fed par rapport à la remontée de ses taux directeurs. « Nous attendions une intervention de la Fed dès septembre. Nous avons été étonnés de ne pas voir le processus enclenché, ce d’autant plus que les statistiques économiques américaines semblait notoirement le justifier » indique Philippe Lecoq, co-responsable de la gestion actions européennes chez Edmond de Rothschild Asset Management. « Le non agissement de la Fed a été interprété par le marché comme un manque de confiance dans la solidité de la reprise américaine et la perception d’une accentuation du risque de déflation » signale Louis Bert.
Enfin, le troisième et dernier élément qui a pesé sur le marché est relatif au scandale Volkswagen. «La tricherie opérée par le constructeur a remis la zone euro au cœur des préoccupations » énonce le responsable de Dorval Finance. «L’histoire Volkswagen a non seulement heurté le secteur automobile mais a également jeté l’opprobre sur la qualité de toute la production manufacturière allemande » cautionne Alain Pitous, directeur général adjoint, associé chez Talence Gestion.

     Vers une révision à la baisse des perspectives bénéficiaires


Pour l’ensemble des intervenants le consensus des prévisions des bénéfices a vocation à être révisé à la baisse. Cette révision ne devrait néanmoins pas se révéler catastrophique. « Il n’est pas exclu que le consensus de hausse des bénéfices des sociétés de la zone euro descende de 15% aujourd’hui à 10% » soutient Louis Bert. « Il est vrai que l’alignement des planètes n’est plus aussi idéal qu’en début d’année mais il persiste. L’euro demeure dans l’absolu sur un niveau sensiblement inférieur à ce qu’il était il y a un an glissant notamment par rapport au dollar et à la livre. La reprise de la zone euro se poursuit même si le rythme de cette reprise a perdu de l’élan. Toutes les matières premières connaissent aujourd’hui des cours sensiblement plus bas qu’en début d’année, que ce soit le pétrole, les métaux, les denrées agricoles. De même les taux de refinancement des entreprises de la zone euro sur les marchés, pour l’essentiel bien notées, restent à un niveau bien plus faible qu’il y a un an » rassure Romain Boscher, responsable de la gestion actions chez Amundi.
« Selon les données disponibles, nous assistons à un véritable décollage de l’impulsion de crédit au sein de la zone euro. Or, il y a, si l’on se fie à l’historique de ces dix dernières années, un lien très fort entre cette impulsion de crédit et les prévisions de bénéfices par action au sein de la zone euro à 12 mois. Tel fut le cas notamment en 2010. Par ailleurs, le potentiel de progression des marges pour les entreprises de la zone euro est considérable. Avec un levier opérationnel fort, nous devrions encore voir un redressement des marges et une génération de profits abondants» commente Jeanne Asseraf Bitton, responsable de la recherche cross asset chez Lyxor Asset Management.
« Il y a déjà un acquis non négligeable du fait d’un effet de base incontestable. Le potentiel de rattrapage est encore élevé. Le niveau des bénéfices des sociétés de la zone euro est encore 30% inférieur à celui qu’il était en 2007-2008» ajoute Philippe Lecoq.

Les secteurs les plus concernés par une révision baissière devraient être les secteurs liés aux matières premières et aux exportations internationales. « En revanche, des surprises positives devraient être relevées pour les sociétés liées à la consommation au sein de la zone euro (comme Dia, Fnac, Darty), les sociétés qui tirent avantage de la baisse du cours du baril (comme les sociétés de raffinerie comme Saras en Italie) et les valeurs moyennes » précise Louis Bert.

     Une capitulation hors de propos

Sur les six interlocuteurs interrogés, l’avis majoritaire est celui d’un quatrième trimestre se terminant sur une note plus positive que le troisième trimestre. « les actions de la zone euro sont très loin d’avoir rattrapé leur retard accumulé depuis la crise des dettes souveraines par rapport aux actions américaines ou aux actions japonaises » argue Jeanne Asseraf Bitton. « Il n’est pas impossible que le Cac 40 remonte à 5000 points en fin d’année d’ici la fin de l’année » avance Louis Bert. « Cette prévision que nous avons faite à l’été 2014, déjà atteinte à maintes reprises dans le courant de l’année 2015, n’est pas totalement hors d’atteinte en clôture d’exercice » atteste Romain Boscher.

La volatilité devrait cependant être tout aussi, voire plus, élevée en raison de la dispersion des performances des résultats des entreprises et de l’incertitude qui continue de peser sur l’évolution de la croissance chinoise. « Cette volatilité est indéniablement un vent défavorable pour la collecte sur le marché. Elle n’est néanmoins pas propre au marché des actions de la zone euro. Au lieu d’avoir une ruée comme celle de ce début d’année, nous devrions assister à des flux plus modérés, plus graduels » tempère Romain Boscher.
« En réponse à cette volatilité élevée, une poche de liquidité plus importante devrait être raisonnablement conservée dans les portefeuilles » indique alors Alain Pitous. « Même si le monétaire ne rapporte rien, au moins il permet de pouvoir saisir les opportunités intéressantes créés par les phases de stress. Notre poche de liquidité représente 20 à 25% de nos encours et nous avons pu dernièrement revenir sur des titres excessivement sanctionnés comme Ingenico ou Korian » poursuit ce dernier.

    Les principaux catalyseurs éventuels

Les principaux catalyseurs envisagés tiennent dans un léger raffermissement de l’économie chinoise et dans d’éventuelles nouvelles annonces de la part de la Banque centrale européenne.
« Plusieurs mesures de relance ont été annoncées dans le secteur automobile (avec des mesures fiscales avantageuses), le secteur immobilier (avec de meilleures conditions d’apport), le secteur bancaire (en agissant sur les réserves obligatoires), le financement des entreprises (en intervenant sur les taux directeurs) » note Romain Boscher. Celles-ci devraient au moins nourrir une stabilisation de la croissance en Chine. « Cette stabilisation devrait constituer si ce n’est un élément de confiance supplémentaire, du moins un élément de risque en moins, pour les investisseurs sur les actions de la zone euro » admet Jeanne Asseraf Bitton. « La menace d’une rechute en récession et de déflation au niveau global et pour la zone euro devraient davantage s’éloigner » précise Romain Boscher.

Une extension du programme de rachat d’actifs par la BCE parait peu probable d’ici la fin de l’année. « Le niveau des anticipations est dernièrement remonté de 1,56 à 1,67%. Il ne me parait donc pas que la Banque centrale soit dans l’urgence d’agir. La BCE n’a commencé à déployer son programme de rachat sur les titres de dette souveraine que depuis quatre mois. Elle ne dispose pas encore du recul nécessaire » explique Jeanne Asseraf Bitton. « La BCE ne cesse de répéter que l’arme monétaire n’est pas suffisante pour augmenter le potentiel de croissance de l’économie de la zone euro. Un autre levier fondamental pour la reprise dans la région réside dans la mise en œuvre de réformes structurelles » complète Olivier Raingeard, chef économiste de la Banque Neuflize OBC. Ce dernier considère que seule une forte appréciation de la parité euro dollar, autour de 1,20 pourrait le cas échéant changer la donne.

Le président de l’institution monétaire Mario Draghi devrait toutefois rester dans un discours rassurant selon lequel la BCE se tient prête à intervenir si nécessaire. « Un tel discours pourrait avoir un impact positif de court terme sur le marché » nuance Jeanne Asseraf Bitton.

    Le principal risque identifié

La perception de ce risque « principal » est différente selon les interlocuteurs.

Un nouveau statu quo de la Fed en décembre pourrait certainement chahuter le marché. « Un statu quo de la Fed au sujet de ses taux directeurs pourrait supposer la prise en compte d’un risque de désinflation plus prononcé aux Etats-Unis du fait des difficultés rencontrées par le reste du monde et alimenter l’inquiétude du marché » énonce Jeanne Asseraf Bitton. « Une non intervention en décembre impliquerait une incertitude plus sérieuse sur l’état de l’économie américaine et la santé de l’économie mondiale » corrobore Jeanne Asseraf Bitton.
Ce chahut devrait être toutefois contenu. « Il faut s’attendre dans tous les cas à une remontée très lente des taux directeurs par la Fed. Que cette dernière opère un relèvement de 25 points de base en décembre ou en janvier ne devrait pas changer la face du monde » remarque Louis Bert. « Le marché a été une première fois négativement surpris par la Fed par sa décision de ne pas agir en septembre. Celui-ci s’attend à l’éventualité d’être de nouveau déçu d’ici la fin de l’année » reconnait de son coté, Jean-Marie Mercadal, directeur général délégué d'OFI Asset Management.

«Le principal risque pour la poursuite du mouvement de hausse des actions de la zone euro me semble résider dans une correction du marché des actions américaines » met en garde Louis Bert.
Alain Pitous alerte, quant à lui, sur une inquiétude grandissante concernant le développement du segment des obligations d’entreprises risquées américaines et sur la multiplication des défauts qui pourrait être constatée. « La menace commence à être grandement intégrée dans le marché mais n’a pas fini de l’être. Le montant de la dette des entreprises américaines est évaluée à 7 800 milliards de dollars, dont 2500 milliards correspond à du « high yield ». Une large partie des sociétés concernées vont être amenées à devoir se refinancer dans les deux à trois ans à venir. Alors que certaines entreprises pouvaient se contenter d’offrir des taux de 5% à 6%, ces mêmes entreprises doivent à présent proposer des taux de 8% à 9%. Énormément d’encours se sont dirigés vers le high yield américain. Le marché n’est pas en mesure, en l’état, d’absorber des sorties violentes dans le cas d’un phénomène de panique. Il y a une probabilité non négligeable que le marché soit poussé à se refermer. Dans un tel scénario le stress de marché augmenterait nettement » développe le directeur général adjoint de Talence Gestion.

« Le risque le plus sérieux est à notre sens celui qui concerne l’opposition entre l’administration Obama et le Congrès à dominante républicaine » affirme pour sa part Olivier Raingeard.
« Nous devrions avoir des négociations d’ici la fin de l’année sur le budget américain. Nous avons eu dernièrement un vote du Congrès sur le financement du service public américain jusqu’au 11 décembre. Demeure aussi la problématique du relèvement du plafond de la dette. Nous ne savons pas dans quelle mesure les primaires du coté des démocrates et des républicains pourrait affecter la décision du congressiste américain. Un blocage des discussions n’est pas impossible » étaye Olivier Raingeard.

     Les thématiques à jouer


« Sur le plan thématique, nous avons maintenu le cap sur les dividendes soutenables, les fusions acquisitions, les rachats d’actions, la sensibilité à la consommation des ménages » déclare Romain Boscher. « Concrètement le rendement de l’indice Eurostoxx aujourd’hui est plus élevé qu’en 2005, à 3,5% » constate Bernard Aybran, directeur de la multigestion chez Invesco Asset Management. «Le pourcentage des sociétés en Europe qui ont un rendement de dividende supérieur au rendement de leur obligation a grimpé à 70%, soit un niveau record. En temps normal le ratio est de 30%. La solidité des bilans des sociétés nous laisse penser que la politique relativement généreuse de distribution des dividendes sera conservée » analyse Philippe Lecoq. Parmi les secteurs mis en avant dans cette thématique figurent celui des télécoms (avec Orange, Vodafone, Deutsche Telecom qui offrent entre 2% et 3% de dividendes).

«A fin septembre, l’activité des fusions acquisitions en Europe a augmenté de 10% par rapport à septembre 2014. Nous ne voyons pas d’excès. Le cycle n’a commencé qu’il y a dix huit mois, avec beaucoup de retard par rapport aux Etats-Unis du fait de la crise des dettes souveraines. De plus, signe de discipline du marché : le non aboutissement de certaines opérations. Les sociétés ne sont pas prêtes à surpayer la cible ce qui correspond à la manifestation d’une absence d’excès» allègue le co -responsable de la gestion actions européennes chez EDRAM. Nous avons pu le voir avec l’offre de Monsanto sur Syngenta, l’offre de Zurich sur RSA ou encore l’offre du géant canadien PotashCorp sur le producteur allemand de potasse et d'engrais K+S.
Au-delà du secteur des télécoms et de la santé, dans lesquels de multiples opérations ont eu lieu, les secteurs qui devraient connaitre le plus d'animation à l’avenir devraient être la consommation non cyclique, le secteur de la brasserie, des spiritueux, de l’agroalimentaire, le secteur du luxe, le secteur pétrolier. « Compte tenu de la dégradation de l’environnement, des opérations sont envisageables au sein des parapétrolières. Alors que nous entendions parler de discussions entre Technip et CGG en 2014, il est à présent question d’échanges entre Technip et l’italien Saipem. Le groupe d'ingénierie Boskalis a récemment poursuivi sa montée au capital de Fugro et pourrait ne pas s’arrêter là ».

Les sociétés européennes exposées à la croissance domestiques sont préférées aux sociétés européennes centrées sur la croissance des pays émergents. Ainsi, Carrefour et Metro ont été mentionnés dans le monde de la distribution, Sanofi et GlaxoSmithKline dans l’univers de la santé.

Une certaine vigilance est en revanche recommandée à l’égard des secteurs vivement exposés à la croissance des émergents. «Si LVMH est parvenue à résister, tel n’a pas vraiment été le cas de Burberry qui vient de faire un avertissement sur résultats» rapporte Philippe Lecoq.
Une certaine prudence est également préconisée par ce dernier à l’égard de certaines entreprises industrielles qui ont été longtemps portées par les investissements en infrastructures dans les pays émergents comme Siemens ou ABB, ainsi que quelques sociétés scandinaves.

Certains secteurs sont également précautionneusement évités comme le secteur des mines ou encore le secteur automobile. « La redéfinition du modèle économique nécessaire dans ce dernier secteur a poussé les analystes à abaisser leurs perspectives bénéficiaires. Au-delà des dernières interrogations soulevées sur le diesel relativement à l’affaire Volkswagen, les couts de recherche et développement ont vocation à s’amplifier pour développer les nouvelles motorisations. En cela la relation entre constructeurs d’une part et fournisseurs et équipementiers d’autre part devrait être impactée dans le mauvais sens. La chute de 35% de l’action de l’équipementier allemand Leoni est en cela symptomatique » enseigne Philippe Lecoq. 

Imen Hazgui

Publié le 19 Octobre 2015