Interview de Najib Sassenou : Directeur de l'ISR et du Développement Durable à La Banque Postale Asset Management (LBPAM)

Najib Sassenou

Directeur de l'ISR et du Développement Durable à La Banque Postale Asset Management (LBPAM)

Lorsqu'on prête de l'argent à un Etat, il faut regarder ce qu'il en fait

Publié le 07 Mai 2010

La Fédération internationale des ligues de Droits de l’Homme (FIDH) et La Banque Postale Asset Management ont présenté mardi 4 mai leur Sicav Libertés & Solidarité, lors de la conférence sur la notation extra-financière des Etats organisée par Novethic. Cette Sicav permet à des investisseurs particuliers ou institutionnels d’investir dans des obligations d’Etats sélectionnés pour leur respect des droits de l’Homme. 

Pourquoi avez-vous choisi de prendre en compte les droits de l’Homme dans vos critères d’investissement, en particulier s’agissant des obligations d’Etats ?
Lorsqu’on prête de l’argent à un Etat, il faut regarder ce qu’il en fait. La pérennité d’un Etat qui manque de transparence, qui n'alloue pas de moyens suffisants pour l’éducation de sa population, ou  qui ne respecte les principes fondamentaux des droits de l'Homme n’est pas acquise sur le long terme. De même, si un Etat ne fait rien pour le respect de l’environnement, cela pourrait avoir un impact négatif sur  la qualité de vie de ses citoyens et compromettre l'avenir des générations futures

Comment applique-t-on ces principes ?
La FIDH, en collaboration avec LBPAM, a développé depuis 2001 une méthode d’analyse extra-financière des Etats, fondée sur les droits de l’Homme au sens large. Il y a des critères d’exclusion, comme la peine de mort ou le non-respect de certaines conventions internationales liées par exemple au travail des enfants, mais aussi des critères positifs comme la gouvernance, le progrès social et le respect de l’environnement (ndlr : les critères ESG). Elle aboutit à un classement des Etats, dont nous ne retenons que les meilleurs dans notre champ d’investissement.

Dans quels pays votre Sicav est-elle investie ?
Libertés & Solidarité qui exclut donc tous les pays pratiquant la peine de mort ou le travail forcé, est investie uniquement dans les pays européens pour la partie obligataire. Dans cette Sicav, la dimension extra-financière a toujours présidé la dimension financière.

Libertés & Solidarité est-elle investie dans des obligations grecques ?
Non car d’un point de vue extra-financier cet Etat est mal noté (ndlr : en avant-dernière position dans le classement FIDH des pays de l’Union européenne). Sur les indicateurs de long terme, comme la gouvernance, la transparence, ou l’éducation, ce pays est en retard.

Dans quelle mesure l'analyse extra-financière pourrait être un complément d'une analyse financière classique ?
L'évaluation financière et son corollaire, les ratings fournis par les agences de notation emblématiques (Standard & Poor, Moodys, Fitch), se fondent notamment sur des statistiques reflétant l'état de santé économique et financier des pays sur des horizons courts (dette publique, croissance, inflation,…). Si ces indicateurs peuvent sembler pertinents  lors de cycles conjoncturels classiques, ils montrent leurs limites dans le cas d'une crise mondiale profonde, telle que celle que nous vivons aujourd'hui. C'est dans ce genre de situation qu'on réalise que l’analyse extra-financière constitue un bon complément à l'analyse financière, puisque qu'elle se base sur une batterie d’indicateurs  (qualité de la gouvernance, respect des droits de l'Homme, respect de l'environnement naturel, …) issus de plusieurs sources indépendantes : ONG, Banque Mondiale, FMI,… susceptibles de mieux appréhender, sur le long terme,  la qualité de  gouvernance d'un Etat.

Propos recueillis par François Schott

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