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Interview de Jean Wemaere : PDG de DEMOS, Président de la Fédération de la Formation Professionnelle

Jean Wemaere

PDG de DEMOS, Président de la Fédération de la Formation Professionnelle

Le capital humain, lié à la compétence durable, est l'actif immatériel le plus important de l'entreprise

Publié le 20 Juillet 2011

Quelle serait votre définition des actifs immatériels ? Quel serait le plus important à vos yeux ?
Les actifs immatériels sont tout simplement des actifs non tangibles contribuant à la création de valeur. Le capital humain est le plus important de tous, il est lié à la notion de compétence durable. Les fortes innovations dans l’organisation du travail, des structures des entreprises et des outils technologiques amènent à une rapide obsolescence des compétences. A ce titre, la compétence durable s’inscrit dans le cadre du développement durable à travers la formation continue des talents.

Quelle est votre opinion sur l’intégration des actifs immatériels dans le monde des affaires en France ?
Les entreprises en général n’ont pas encore assez pris conscience de la valeur de leurs actifs immatériels. Certes, les grandes structures ont plus de maturité, mais les logiques matérielles prévalent encore en France. Nous évoluons dans un cadre culturellement marqué par la machine, les actifs tangibles et le système de financement de notre économie est formaté par cette approche. Les organismes bancaires souhaitent bénéficier d’actifs concrets, de cautions, d’hypothèques avant d’octroyer une ligne de crédit, particulièrement pour les néo ou jeunes entreprises.
Les activités de service ont davantage pris conscience de leurs actifs immatériels, bien-sûr, puisqu’elles délivrent une prestation non tangible à travers un service souvent co-construit avec le client. L’interaction avec celui ci est donc très forte et nécessite de faire appel à son expérience et son savoir-faire professionnel, tous deux constitutifs de son actif immatériel. Mais les entreprises ne transposent pas ce savoir-faire dans leur valorisation, et leurs actifs immatériels n’apparaissent alors que partiellement dans leur comptabilité. Une meilleure intégration de ceux-ci serait un véritable levier de croissance pour nos économies.
Quant aux analystes financiers, ils sont encore peu préoccupés par la valorisation des actifs immatériels. La modélisation financière est le principal instrument de leurs méthodes de valorisation et cette approche reste encore incomplète quant à pouvoir intégrer les actifs non tangibles comme le capital humain La France est particulièrement en retard sur le sujet, contrairement à d’autres pays.
Se pose enfin l’enjeu des normes comptables qui est fondamental. Les normes IFRS permettent à ce titre une bien meilleure intégration des actifs immatériels. Les normes IFRS traduisent à ce titre un principe de réalisme par rapport à celui de la valeur historique.

Vous avez créé la FFP et vous avez été réélu le 28 avril 2011 à la tête de la structure rassemblant 450 acteurs du secteur. Pourriez-vous nous présenter rapidement le secteur et vos objectifs au cours du mandat ?

Les dépenses de formation continue s’élèvent à 30 milliards d’euros intégrants les coûts de formation réalisée en interne par les entreprises. Le marché pour des structures externes, comme DEMOS, s’élève à 6-7 milliards d’euros, le tout dans un cadre très atomisé. C’est un marché en expansion car l’organisation du monde du travail a profondément évolué. Le monde des machines est en rapide déclin tandis que notre environnement technologique est en perpétuelle révolution. La masse d’informations à gérer, les innovations sans cesse en nombre croissant entrainant alors la création de métiers nouveaux et des compliancs nouvelles pour les réguler, requièrent en permanence de la formation pour les intégrer
Mes objectifs : il s’agit de défendre les intérêts de notre profession avec deux priorités. La première est de pouvoir faire en sorte que les subventions publiques à certaines activités de formation professionnelles soient utilisées dans le respect du droit de la concurrence et à ce titre nous avons par deux fois procédé à la saisines de l’Autorité de la Concurrence qui nous a donné raison.
La seconde est de réussir à faire constater la reconnaissance de l’utilisation constructive de la formation professionnelle comme garante du maintien par l’entreprise des compétences de ses collaborateurs dans une logique de RSE par la création d’un label compétence durable justifiant de ses efforts en la matière.
Nous comptons en parallèle développer étroitement nos liens avec les Universités : à ce titre, en ce qui concerne Demos, nous avons déjà des accords étroits avec l’Université d’Evry, de Toulouse ou l’IAE de Lyon.

Formation continue pour les entreprises et les administrateurs ? Mais pourquoi ne pas proposer ce service aux personnes en recherche d’emploi ?

Nous pensons qu’assister les personnes en recherche d’emploi en leur permettant par la formation de s’approprier des compétences nouvelles leur permettant de retrouver au plus vite un travail est fondamental. Le groupe Demos avait, il y a quelques années, établi un partenariat avec les Autorités Publiques pour développer cette activité mais nous avons dû malheureusement arrêter car il devenait difficile d’établir une relation saine et pérenne du fait d’une instabilité trop forte du cadre normatif.
Plus généralement, l’Etat pourrait favoriser encore plus le développement de la formation continue des particuliers jeunes adultes ou seniors en leur permettant de déduire de leurs revenus imposables leurs dépenses de formation. C’est une idée que nous allons proposer aux candidats à l’élection présidentielle.


Biographie: Diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, licencié ès lettres et ès sciences économiques, Diplômé d’études supérieures de sciences économiques. Créateur (1972), Président-Directeur général (depuis 1979) de Demos, Gérant de Demos Langues (depuis 1979) Président-Directeur général de Cogessor (1981-90), Directeur général (1981-93), Président (depuis 1993) de l’Aframp, Président (1985-91) de la Chambre Syndicale nationale des organismes de formation, Président de la Fédération de la formation professionnelle (FFP) (depuis 1991), Membre et Vice-président de la Fédération Syntec (1995), Administrateur de l’Office professionnel de qualification des organismes de formation et de conseil (OFQFC) (depuis 1994), Président de Communication Skill Europe (CSE) à Londres (Grande-Bretagne), Président de différentes filiales de Demos et sociétés à l’international (Benelux, Chine, Maroc, Pologne, Allemagne, Royaume-Uni, Suisse, Etats-Unis). Créateur et Président de l’institut Demos, Président-Directeur général de la Revue d’Etudes (depuis 2005), Président de Global Estrategias à Madrid, Lisbonne et Barcelone. Membre du Directoire Pragoeduca (République Tchèque). Officier de la Légion d’Honneur.

Interview réalisée dans le cadre de la Tribune Sciences Po de l’immatériel, dirigée par Marie-Ange Andrieux, Deloitte.

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