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Interview de Elisabeth Grandin : Analyste crédit chez Standard & Poor's

Elisabeth Grandin

Analyste crédit chez Standard & Poor's

Il y a une chance sur trois que nous abaissions la note des banques françaises dans les 18 à 24 prochains mois

Publié le 05 Mars 2013

Quels commentaires vous inspirent la publication des résultats 2012 des banques françaises ?
Ils sont conformes à nos attentes : beaucoup d’éléments exceptionnels ont été intégrés, comme des gains ou pertes sur cessions de filiales, ou des pertes liées aux variations des dettes en valeur de marché. Au delà, les résultats publiés confirment l’environnement économique plus difficile, avec par exemple des provisionnements en hausse en Italie. Le marché domestique français a affichée une relative réesistance. Par ailleurs, BNP Paribas reste la banque française qui enregistre la meilleure performance en termes de résultats.

Cependant une hausse du coût du risque a été observée en France, en particulier pour Société Générale. Qu’en pensez-vous ? Le dernier trimestre est souvent plus lourd. De plus le réseau de Société Générale est davantage orienté vers les PME comparativement aux autres banques, notamment BNP Paribas.
Ce coût du risque s’inscrit globalement en ligne avec nos anticipations.

Selon vous, il demeure des risques significatifs pour les banques françaises en 2013. Certains risques sont communs avec le reste de l'industrie (telles que des contraintes réglementaires Bâle III) et d'autres risques sont spécifiques (détérioration de l'environnement économique, difficultés de refinancement en cas de turbulences des marchés, mise à mal de la dynamique concurrentielle sur le marché français). Serait-il possible de vous prononcer sur une hiérarchisation de ces risques, et sur leurs éventuels impacts sur les institutions françaises ? Quels établissements vous paraissent plus vulnérables que les autres ?
Il est difficile de hiérarchiser précisément les risques entre eux.
Ce que l’on peut avancer c’est que, comme indiqué dans les analyses publiées sur ces établissements, nous considérons que les risques de difficultés de refinancement en cas de turbulences des marchés (du fait d’un excès des crédits par rapport aux dépôts, un bilan important) et de mise à mal de la dynamique concurrentielle sur le marché français seraient particulièrement pertinents pour BPCE, Crédit Mutuel, Crédit Agricole et Société Générale.
Pour BNP Paribas le risque principal serait la forte détérioration de l'environnement économique européen. Nous avons aussi indiqué que le capital est en amélioration pour la plupart des banques. Cet accroissement prévisible du capital pourrait compenser en partie les risques, en particulier pour BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole.

Les éléments exceptionnels négatifs liés à la valorisation des actifs, aux cessions ou à la variation de la valeur de marché de la dette ont-ils vocation à se répéter cette année ?
Nous ne nous attendons pas à ce que ces éléments exceptionnels aient le même poids cette année que l’an passé en particulier pour un établissement comme Crédit Agricole.
Ceci étant, ces éléments sont difficiles à prévoir avec justesse pour l’ensemble du secteur, mais beaucoup ne sont pas de nature à avoir un réel impact sur notre appréciation de la note des différents établissements.

Par rapport à leurs pairs, les banques françaises semblent bien positionnées. La notation moyenne est de A dans l'alignement des grandes banques européennes ? Quelle évolution de cette notation escomptez-vous à court-moyen terme ?
Les perspectives sont négatives pour les 5 plus grands groupes et pour la plupart des banques françaises. Une perspective n’est pas un précurseur d’un abaissement de note, mais elle signale que le risque d'abaissement dans les 18-24 mois est de 1 sur 3, compte tenu de notre vision d’un certain nombre de facteurs négatifs qui pourraient se matérialiser.

Quelle a été l’évolution de cette note ces dernières années ?

En Décembre 2011, la note à long terme de BNP était AA- et les quatre autres grandes banques étaient notées A+.
En Janvier 2012 BPCE, nous avons abaissé d’un cran la note à long terme de BPCE, Crédit Agricole et Société Générale, en relation avec l’abaissement de la note souveraine de la France.
Nous avons abaissé la note de BNP Paribas de AA- à A+ en octobre 2012 du fait d’une sensibilité plus forte, à notre avis, de cette banque à la mauvaise conjoncture économiques européenne, et en particulier en Italie.

La perspective d'un abaissement de note est-elle plus importante pour certaines banques ?
Nous ne faisons pas de pronostic sur un degré de probabilité précis pour chaque établissement.
A présent, il faut bien comprendre que la baisse d’une note d'un seul cran ne remettrait pas totalement en cause la solidité de la banque ou de l’industrie dans son ensemble.

Pourriez-vous développer quelque peu les principales forces de ces banques vis-à-vis des autres grandes banques européennes? Quels sont les groupes qui bénéficient des plus importants atouts ?

La robustesse du marché domestique, le niveau bas des risques de provisionnement, et l'importante diversification des sources de revenus, tous ces facteurs caractérisent les grandes banques françaises par rapport à leurs pairs internationaux. Les forces du marché français profitent particulièrement aux groupes mutualistes, qui dominent le marché de la banque de détail, alors que la diversification des revenus bénéficie plus à Société Générale, et surtout à BNP Paribas.

Pourriez-vous nous dire un mot s'agissant des répercussions possibles de la nouvelle loi bancaire française sur les banques françaises ? La révision à la baisse des contraintes prévues dans cette réglementation ne conduit-elle pas in fine à avoir des banques françaises moins solides que prévu initialement ?
Sans éliminer les risques associés aux activités de marché, la nouvelle loi bancaire devrait contribuer à rendre les banques plus solides que par le passé. Certes, nous pensons que cette réglementation implique des contraintes accrues pour les banques françaises. Cela pèsera un peu sur leur rentabilité mais ne devrait pas avoir d'impact sur nos notations car, suite à la crise financière, les banques ont déjà réduit une large partie des activités de marché visées par la loi.

Quid des répercussions des nouvelles normes réglementaires de Bâle III ?Pour certains experts, comme le sous gouverneur de la Banque de France, si la solvabilité des banques françaises ne devrait pas poser difficulté, il devrait en être autrement de leur liquidité. Qu’en pensez-vous ?
Pour les normes de Bâle III, au-delà des récents recalibrages, il faut bien rappeler que la mise en place du ratio de liquidité est une avancée très importante, et que la préparation à la mise en place de ce ratio a déjà rendu les banques plus solides, et cette tendance va se poursuivre.
Sur le capital, oui nous avons notre propre vision, mais là encore il faut bien dire que Bâle III représente un énorme progrès. Cette réglementation, que les banques ont déjà anticipé, les a forcé à améliorer très fortement leur fonds propres.

Selon vous aussi bien pour la loi bancaire que pour les normes de Bâle III, l’argument positif de la robustesse qui découlerait de la mise en application l’emporterait sur l’argument négatif de l’affaiblissement de la rentabilité ?
Dans notre méthodologie, plusieurs facteurs sont pris en compte. Une importante différenciation est faite en fonction du montant de capital.
En ce qui concerne la liquidité, notre approche est moins discriminante. Soit la liquidité est considérée comme satisfaisante, soit elle ne l’est pas..
La note est l’aboutissement d’une appréciation globale.
Le mouvement actuellement suivi par les banques françaises eu égard à ces deux facteurs est positif.

Propos recueillis par Imen Hazgui