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Interview de Arnaud Boilley : Directeur Général de Karakoram

Arnaud Boilley

Directeur Général de Karakoram

Actions françaises 2014 : les SSII comme Sopra, Infotel, Steria devraient pouvoir tirer leur épingle du jeu cette année

Publié le 12 Février 2014

Que vous inspire le marché des actions françaises cette année ?
Nous voyons le marché en hausse en raison d’une remontée des multiples sous l’impulsion d’une intervention de la Banque centrale européenne de manière à faire redémarrer le crédit et améliorer la transmission de la politique monétaire. La faiblesse du volume des prêts accordés-en contraction de près de 3% pour les entreprises non financières- pèse lourdement sur la croissance de la zone euro.

A quelles mesures pensez-vous ?
La BCE pourrait tenter de racheter des pools de crédits titrisés en vue d’alléger le bilan des établissements bancaires et d’accroitre la marge de manœuvre de ces dernières pour prêter de nouveau.

D’aucuns arguent le fait que le marché des ABS est très faible et qu’en conséquence une intervention de la BCE sur ce terrain n’aurait qu’un effet marginal ?
Au-delà de l’effet concret sur le plan opérationnel, il y a aussi un effet d’annonce qui ne serait pas négligeable à l’instar du programme OMT. Rien que le fait d’avoir un mécanisme possible renforcerait le sentiment de confiance et inciterait les banques à reprendre du risque dans leur bilan et les entreprises à augmenter la demande de crédit.

Un mécanisme de rachat d’ABS vous semble plus plausible qu’un LTRO spécifique, autrement dit une opérations de refinancement à long terme à des conditions avantageuses dédiées aux banques les plus vulnérables et conditionné à une accroissement de la distribution du crédit pour les PME ?
Nous pourrions avoir les deux mesures (mais le rachat d’actifs serait plus efficace).

A quel horizon ?
Probablement au printemps. Mario Draghi est déjà très insistant, depuis plusieurs mois, sur l’étude de l’utilisation de nouveaux moyens par la BCE pour améliorer la transmission de la politique monétaire.

Hormis l’intervention de la BCE, quels autres catalyseurs identifiez-vous pour les actions françaises cette année ?
Nous pourrions avoir des opérations capitalistiques. Sanofi qui représente 10% de l’indice du Cac 40 pourrait racheter la participation que L’Oréal détient dans Sanofi pour accélérer sa croissance du BPA.

Nous pourrions également voir une plus grande confiance de la part des investisseurs dans la capacité des banques à accroitre leurs dividendes. Le marché alimente quelques doutes sur ce sujet en raison d’une vive pression de la part du régulateur.

Quel potentiel de rebond envisagez-vous ?
Avec une rentabilité des capitaux propres autour de 10%, un coût des capitaux propres de 8,5% et une expansion des bénéfices de 5% compte tenu du contexte économique plus porteur, le Cac 40 pourrait atteindre 4500 à 4550 points.

Qu’en est-il de votre allocation d’actifs ?

Nous pensons que les valeurs financières devraient de nouveau avoir un bon parcours cette année. Nous sommes davantage positionnés sur Société Générale ou Crédit Agricole que sur BNP qui est bien valorisée et où la marge d’erreur est plus limitée.

Les SSII devraient également pouvoir tirer leur épingle du jeu. Si elles ont bien monté, elles continuent à afficher un certain retard par rapport au marché dans son ensemble. Beaucoup d’entreprises ont freiné leurs investissements dans leurs équipements informatiques ces dernières années et pourraient les reprendre car il y a un besoin. Les anticipations de chiffre d’affaires dans le segment d’activité sont assez moroses. Nous pourrions avoir de belles surprises positives. Des sociétés comme Sopra, Infotel, Steria qui est un titre controversé en raison de son niveau d’endettement pourraient bien évoluer.

Nous jouons la thématique des histoires en retournement, avec une élévation des résultats en 2015 plutôt qu’en 2014. Entrent dans cette logique des titres comme Alcatel, Lafarge, Vallourec, Danone pénalisé par son dossier chinois.

Quels secteurs évitez-vous ?

Nous sommes prudents sur les grandes valeurs exposées aux pays émergents même si la croissance demeure positive. Dans cette optique nous restons à l’écart de L’Oréal, Pernod Ricard.

Quels principaux risques identifiez-vous à ce stade ?
Un important incident au niveau du système financier chinois. De nombreux pans de l’indice phare de la place parisienne ont été tirés par l’essor des émergents. Si un évènement négatif d’envergure était avancé en Chine, quand bien même nous n’aurions pas toutes les données pour mesurer l’ampleur de ses répercussions néfastes, de fortes corrections seraient observés sur l’ensemble des marchés financiers, et notamment les actions françaises.

Je ne vois pas un rallye des taux longs perturber les marchés du fait d’un chômage encore trop massif qui maintiendra l’inflation à un niveau bas et permettra la persistance de politique monétaire accommodante encore longtemps y compris aux Etats-Unis.

Propos recueillis par Imen Hazgui