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Interview de Ralph Bruneau : Directeur de la gestion actions chez OFI Asset Management

Ralph Bruneau

Directeur de la gestion actions chez OFI Asset Management

Actions françaises 2014 : nous misons sur les sociétés à dominante domestique comme Capgemini, Synergie, BNP Paribas ou Nextradio

Publié le 13 Février 2014

Que vous inspire le marché des actions françaises cette année ?
Le marché vie une période de transition entre deux phases de hausse. La première phase qui a débuté au cours de l’été 2012 s’est caractérisé par un rallye motivé par la baisse de l’aversion pour le risque à la suite à différentes déclarations rassurantes du président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi. Les cours de bourse ont remonté alors que la conjoncture était restée très morose. Les valorisations ont retrouvé un niveau proche des moyennes historiques.
A présent, pour voir s’ouvrir une nouvelle phase de hausse des actions, il faudrait que les fondamentaux s’améliorent, en d’autres termes que les bénéfices progressent.

Le consensus table que une élévation des bénéfices de 13,9% pour les larges capitalisations. Qu’en pensez-vous ?
Les prévisions de bénéfices en début d’année relève plus du rituel que de déductions de calculs mathématiques poussés. En début de chaque année, les estimations se situent entre 12% et 15%. Ensuite les corrections se font à la hausse ou à la baisse.

Quelles sont vos anticipations cette fois-ci ?
Je m’attends à un nouvel exercice de révisions à la baisse. J’espère cependant une inflexion dans ces révisions, ce qui signifie un ralentissement dans le rythme et un amoindrissement dans l’ampleur des révisions.

Que voyez-vous du coté des opérations capitalistiques ?
Les cours n’étant plus au plancher, cela atténue la tentation de procéder à des rachats d’actions.
Les moyens de production ayant été intensifié, la croissance organique étant limitée, il est possible de voir les entreprises s’aventurer davantage dans des opérations de croissance externe. Celles-ci auraient a priori un effet marginal sur le marché.

Quel potentiel de hausse des cours peut-on escompter ?

Si l’on ajoute au moteur des bénéfices celui d’une continuité de la contraction de la prime de risque, nous pourrions avoir des valorisations qui dépassent les moyennes historiques.

Comment analysez-vous la vive correction du mois de janvier ?
La baisse du mois de janvier doit plus être considérée comme une consolidation motivée par les craintes des investisseurs concernant les économies émergentes dont l’économie ralentit et la devise dévisse. Je ne crois pas qu’il faille s’inquiéter outre mesure, sachant que l’on demeure dans une configuration d’accélération de la croissance tirée par les économies développées.
Nous maintenons en cela notre vue positive sur le marché.

Quelles sont vos recommandations d’allocation ?
Le marché devrait continuer à privilégier les valeurs domestiques par rapport aux valeurs internationalisées. Le différentiel de croissance entre l’Europe et le reste du monde s’est considérablement réduit. L’appréciation du risque devrait évoluer en faveur des premières et au détriment des secondes.

Qu’entendez-vous par « valeurs domestiques » ?
Cela peut être des entreprises de services informatiques comme Capgemini ou du travail temporaire comme Synergie. Cela peut aussi être des groupes bancaires comme BNP Paribas ou des sociétés de média comme Nextradio.

Quels secteurs sont à éviter ?
Je pense qu’il ne faut pas être absent des télécoms. Si la concurrence acharnée se calme, cela pourrait contribuer à la revalorisation de certains titres comme Orange.
Je resterais à l’écart des valeurs pétrolières, des valeurs de services aux collectivités très endettées.

Quels principaux risques identifiez-vous à ce stade ?
Une accentuation de la glissade des monnaies émergentes et plus généralement de la conjoncture des pays concernés.
Un autre risque est celui d’une trop forte hausse des taux. Pour le moment, dans notre scénario central, nous tablons sur un accroissement des taux longs contenu et lent qui ne devrait pas perturber outre mesure le marché des actions.

D’aucuns envisagent une année 2014 en deux parties ?
Pas forcément. Le rebond pourrait se dessiner assez rapidement si les résultats du premier trimestre ne s’avèrent pas trop mauvais en dépit des effets négatifs liés aux émergents.

Propos recueillis par Imen Hazgui