La Grèce fera défaut

«Mon scénario central est que la Grèce fera défaut. Son niveau de dette de 126% du PIB actuellement, et pouvant aller jusqu'à 149% selon le FMI, est trop important. Elle ne parviendra pas à tout rembourser».
L'expert admet cependant que pour le moment la Grèce fait ce qu'il faut faire. «Le FMI a d'ailleurs récemment déclaré que les autorités faisaient mieux qu'attendu» note-il.
SI la Grèce maintient la pression, elle parviendra à s'en sortir mais la probabilité de défaut est supérieure à 50%.

Le FMI a avancé un programme sur 5 ans pour restructurer la dette de la Grèce. Celui-ci a été refusé pour des raisons politiques. L'hypothèse héroïque retenue est celle d'une restructuration de la dette grecque en trois ans.
«Il est pratiquement certain que dans trois ans nous serons amenés à rouvrir le dossier et contraints de prolonger l'histoire deux années supplémentaires. Là encore, le défaut de la Grèce sera difficile à éviter». Difficile donc mais pas impossible !
Dans tous les cas, l'affaire grecque ne constitue qu'une petite goutte dans l'océan. Le pays ne représente en fin de compte que 2% du PIB de l'Europe. Alors ce ne sera certainement pas le défaut de la Grèce qui conduira à un éclatement dans la zone. Le risque est ailleurs, et plus précisément dans la contamination du défaut grec à d'autres pays et au niveau des établissements bancaires.
Stéphane Deo se veut là dessus relativement serein. «La Grèce n'a pas d'intérêt à faire défaut maintenant. Sont déficit s'élève à 15% de son PIB et son service de la dette à 3-4%. Avec une dette à 0, le déficit sera toujours à 7-8%».
Alors nous avons des chances d'espérer que d'ici cinq ans, le Portugal, l'Espagne et l'Irlande auront le temps d'entreprendre les réformes et de prendre les mesures pour assainir leur situation. De même nous pouvons escompter que les banques auront vendu assez de papiers pour faire en sorte que le défaut de la Grèce soit plus encaissable. Donc pas de panique à avoir pour le moment.
Les incertitudes sont suffisamment importantes pour dissuader les investisseurs à aller sur la dette grecque à long terme. La probabilité de défaut et le taux de recouvrement ne militent pas dans ce sens. Aujourd'hui la dette vaut 75/85 euros. La probabilité de défaut est de près de 80%, la décote de la dette est attendue entre 30 et 40%.
Acheter de la dette grecque sur 3 à 6 mois pourrait constituer en revanche un bon pari.
Défaut ou pas, le cas de la Grèce est un cas à part à ne pas extrapoler à d'autres pays.

L'Espagne devrait s'en sortir

«Nous sommes moins pessimistes sur l'Espagne que le reste du consensus». Les exportations espagnoles connaissent la même croissance, voire sont un peu plus élevées que la moyenne européenne. L'Espagne ne perd pas de parts de marché.
«On pointe du doigt ici et là le fait que les prix des produits espagnols ont fortement augmenté. En réalité l'Espagne connait une situation atypique des pays en voie de développement. Les produits espagnols ont monté en gamme sur qualité et la valeur ajoutée. Ils ne concernent plus le domaine du textile mais celui de l'automobile, de l'aéronautique, de l'éolien…».

Le taux de croissance du pays a été de 0,1% au premier trimestre et de 0,2% au deuxième trimestre. «L'économie a l'air de se stabiliser et non de se dégrader. Ainsi l'Espagne a des fondamentaux beaucoup plus solides que ce que peuvent penser beaucoup de personnes».
Les principaux risques résident dans le secteur immobilier et le secteur financier qui ne sont pas assainis. On craint que ne se matérialise un phénomène de crédit crunch qui conduira à un ralentissement de la croissance.

La France fait mieux que prévu

«J'étais très pessimiste sur le cas français il y a un an. Le déficit pour 2009 était de 8,2% et le déficit annoncé pour 2010 est de 8,5%. Il n'y avait par ailleurs aucun plan de réduction des déficits à moyen terme». La réaction des marchés n'a d'ailleurs pas tardé. Le taux d'intérêt à 10 ans de la France a dépassé celui des Pays Bas et de la Finlande.

Néanmoins, «je retourne progressivement ma veste sur le cas français, et ce pour trois raisons».
Tout d'abord, la réforme sur la retraite. «Les chiffres annoncés par le gouvernement sont bons même si deux bémols se posent : on décide de créer un trou pour combler un autre trou, autrement dit on enlève un déficit avec un transfert de l'Etat ; et la réforme qui a été décidée servira la décennie 2010-2020, mais ne sera pas suffisante pour les générations d'après». Pour autant, pour l'expert, on a fait un grand pas en avant.
Un autre point favorable réside dans l'amélioration du déficit à attendre. «Il est possible que le déficit de l'année 2010 se situe entre 6 et 7% au lieu des 8,5% initialement prévus, le déficit de 2009 ayant été révisé à la baisse de 8,2% à 7,5%».
Enfin le budget pour l'année prochaine se veut plus sérieux qu'attendu. Cela devrait retirer encore 2% au déficit français. «Ainsi, le niveau est toujours mauvais mais est davantage présentable. La situation fiscale reste préoccupante mais nous avons enclenché un train encourageant».

S'il n'y a pas d'accident grave, le déficit de 3% en 2013 est envisageable. «Mais le boulot ne sera pas terminé pour autant. Nous aurons toujours un ratio dette sur PIB qui progresse et un manque de crédibilité, 3% n'étant pas tellement un objectif ambitieux».