Comment faire baisser les intérêts d’emprunt des Etats européens, dont l’envolée menace l’existence même de la zone euro ? Pour Michel Rocard, président du think tank social-démocrate Terra Nova, et Pierre Larrouturou, économiste, la solution est simple : demander à la Banque centrale européenne de prêter à des organismes publics qui à leur tour pourront prêter aux Etats, à des taux minimum.

«Certes, la Banque centrale européenne (BCE) n'est pas autorisée à prêter aux Etats membres, mais elle peut prêter sans limite aux organismes publics de crédit (…) et aux organisations internationales (…). Elle peut donc prêter à 0,01 % à la Banque européenne d'investissement (BEI) ou à la Caisse des dépôts, qui, elles, peuvent prêter à 0,02 % aux Etats qui s'endettent pour rembourser leurs vieilles dettes», écrivent-ils dans une tribune publiée ce mardi par le journal Le Monde.

En effet, selon les auteurs, il n’est pas normal que les banques privées, qui se financent habituellement à 1 % auprès des banques centrales, puissent bénéficier de taux à 0,01 % (comme c’est le cas aux Etats-Unis, d’après une enquête de Bloomberg) , mais que, dans le même temps, certains Etats européens soient obligés de payer des taux 600 ou 800 fois plus élevés. L’Italie par exemple a dû s'acquitter d'un taux de 7% à dix ans lors de sa dernière émission obligataire, soit un rapport de 700 fois. Or, le pays a présente un budget en excédent « primaire », autrement dit « il serait à l'équilibre si l'Italie ne devait pas payer des frais financiers de plus en plus élevés ».

Dans ce contexte, la BCE doit prendre exemple sur la Fed, qui n’hésite pas, elle, à racheter de la dette américaine publique et privée, et évite ainsi une envolée des taux obligataires américains. Cette solution peut être mise en œuvre «dès janvier» et ne nécessite pas de modification des traités, ajoutent l’économiste et l’ancien Premier ministre.