Sur le plan financier, la perte du triple A français a été largement anticipée sur les marchés. Le spread entre le taux à dix ans français et le taux à dix ans allemand mesurait cette perspective.

Les conséquences sont davantage politiques.
La perte du triple A français devrait compliquer la tache des décideurs européens déjà incapables d’arrêter la contagion de la crise. La France représente 21,8% des garanties apportées par les Etats au FESF (Fonds européen de stabilité financière), contre 29% pour l’Allemagne. La notation du FESF parait on ne peut plus compromise.

La priorité ira sans aucun doute vers la mise en place du MES (Mécanisme européen de stabilité). Celui-ci doit être doté d’un capital de 700 milliards d’euros pour une capacité de 500 milliards d’euros. Le MES devrait être moins vulnérable à la notation des agences. Cependant, la part des actionnaires du MES notés triple A est passée de 58% à 35%.

La BCE devra sans doute très active. Son bilan qui a augmenté de près de 38% depuis le mois de juillet devrait continuer à croitre  à un rythme accéléré.

Le poids de l’Allemagne dans la conduite des affaires va aller ascendant. La note de Berlin non seulement échappe, quant à elle, à la dégradation de S&P mais est maintenue par ailleurs à perspective stable.  «Tant que nous n’aurons pas prévu la fin du monde, la perspective de l’Allemagne restera stable ont déclaré les économistes de Standard & Poor’s lors d’un point presse samedi après-midi».

En revanche il y a une chance sur trois pour que la note de l’Hexagone soit de nouveau diminuée si les finances publiques dévient de la trajectoire prévue ou si un accroissement des risques économiques et financiers de la zone euro conduisait à une augmentation substantielle des engagements conditionnels du pays.

Jusqu’à la crise, la France et l’Allemagne conduisaient ensemble le destin de la zone euro. Aujourd’hui de plus en plus, pour des raisons économiques et de finances publiques, l’Allemagne sera centre du jeu.