Après avoir épargné en 2011, les Français vont-ils desserrer les cordons de la bourse en 2012 ? La question mérite d’être posée à la lumière d’une série d’indicateurs publiés par l’Insee ces derniers jours, qui illustrent la situation paradoxale de l’économie française.

Le taux d’épargne des ménages a ainsi atteint l’année dernière son plus haut niveau depuis trente ans, à 16,8% du revenu disponible. L’explication de ce comportement de ‘fourmi’ est évidente : la crise financière et ses rebondissements (perte du triple A, menace de défaut de la Grèce, fragilisation du secteur bancaire) ont poussé les Français à la plus grande prudence. Les dépôts sur le Livret A ont battu des records, tandis que l’épargne financière (actions, OPCVM, etc) a reculé. L’assurance-vie a également confirmé son statut de valeur refuge malgré une décollecte dans la deuxième partie de l’année. Cependant, au quatrième trimestre, le taux d’épargne a légèrement diminué, note l’Insee. Alors que leur pouvoir d’achat restait stable, les ménages ont réduit leur épargne pour…consommer.

Regain de confiance

Cette tendance va-t-elle se poursuivre en 2012 ? A en croire un autre indicateur publié par l’Insee mardi, c’est possible. « En mars, l’opinion des ménages sur leur situation financière personnelle passée et future progresse », indique l’Insee. L’indicateur de confiance a grimpé de 5 points, grâce notamment à une appréciation favorable de l’évolution de la conjoncture dans les prochains mois, ce qui augure d’un rebond de la consommation.

Le moral des ménages en mars « est beaucoup plus élevé que prévu », souligne Mathilde Lemoine, économiste chez HSBC. « L'apaisement de la crise de la zone euro a redonné le moral aux ménages français, qui n'ont pas adopté une attitude attentiste avant l'élection présidentielle, comme ce fut au contraire le cas lors du précédent scrutin présidentiel » de 2007. « Cette amélioration de la confiance des ménages français confirme notre prévision selon laquelle la hausse de la consommation des ménages devrait se maintenir et continuer de soutenir la croissance du produit intérieur brut (PIB) au premier semestre 2012 », poursuit-elle dans une note d'analyse.

L'inflation reste un problème

Les chiffres publiés mardi « semblent indiquer que la consommation des ménages devrait se redresser au premier trimestre 2012 », estime également le cabinet Astérès. Cependant, « la suite du scénario est plus incertaine ». Selon ce centre d’analyses, il faudra surveiller au cours des prochains mois l’évolution des cours du pétrole, car elle a un impact direct sur les anticipations d’inflation et donc sur le moral des ménages. Ce d’autant plus que « l'inflation sous-jacente (hors pétrole et autres produits volatils) a elle aussi tendance à augmenter » et à réduire le pouvoir d’achat.

Le pouvoir d'achat a progressé de 1,1% en 2011, rappelle l’Insee, mais il a stagné au quatrième trimestre sous l’effet du renchérissement des matières premières.