Les marchés obligataires n’ont pas réagi violemment à l’élection de François Hollande à la présidence de la République. Lundi en fin de matinée, le taux à dix ans de la France s’établissait à 2,827% contre 2,818% vendredi, soit une très faible variation. L’écart avec l’Allemagne se creusait cependant, dans un contexte d’incertitudes sur la composition du prochain gouvernement grec qui redonne au Bund son statut de valeur refuge. Le taux allemand est ainsi tombé à son plus faible niveau historique, à 1,57% ce matin.

« L'arrivée de M. Hollande au pouvoir avait été diabolisée. On se rend compte qu'elle a peu d'impact aujourd'hui », a commenté à l’AFP Philippe Waechter, directeur des études économiques chez Natixis Asset Management. Selon lui, le programme du nouveau président français n’inquiète pas outre mesure les investisseurs. « M. Hollande ne devrait pas remettre en cause le traité européen sur la stabilité financière, mais plutôt y adjoindre un volet sur la croissance. Sur ce point, il n'est plus seul à souhaiter cela en Europe, ce qui a tendance à rassurer les investisseurs », explique M. Waechter.

La France reste dans le collimateur

L’agence Standard&Poor’s a contribué à maintenir le calme sur les marchés, estimant que la victoire du socialiste n'a aucune incidence immédiate sur la note de la France. Celle-ci avait été abaissée en janvier à AA+ avec perspective négative. « Nous pensons toujours qu'il y a au moins une chance sur trois pour que soyons amenés à abaisser la note à long terme de la France cette année ou en 2013 », explique cependant S&P qui portera une attention particulière aux choix politiques du président élu, ainsi qu’au résultat des élections législatives de juin prochain.

De son côté, Jean-François Robin, stratégiste obligataire chez Natixis, rappelle que M. Hollande a prévu d'engager un certain nombre de dépenses dans les prochains mois, « une musique pas très douce aux yeux des investisseurs qui pourraient sanctionner la France lors de l'annonce des premières dépenses si elles ne sont pas accompagnées d'économies supplémentaires ».

Pour l’heure, les craintes des investisseurs se concentrent à nouveau sur la Grèce où les partis opposés à la politique d’austérité ont raflé plus de la moitié des voix lors d’élections législatives anticipées. Cette nouvelle donne pourrait rendre difficile la composition d’un gouvernement et remettre en cause l’application du plan UE-FMI. « Cela devrait amener beaucoup de volatilité sur les marchés », précise Philippe Waechter.

A la mi-journée, la bourse d’Athènes chute de près de 8% tandis que le CAC 40, qui a ouvert en nette baisse, ne perd plus que 0,2%.