Dans le désendettement à « marche forcée » annoncé par François Hollande, un grain de sable pourrait suffire à gripper la machine gouvernementale. Dexia, la banque franco-belge sous garantie étatique, va devoir être recapitalisée à hauteur de 5,5 milliards d’euros, dont une injection de 2,6 milliards par l’Etat français. Problème: cette charge exceptionnelle, annoncée la semaine dernière, n’a pas été prise en compte par Bercy dans le calcul du déficit public pour 2012.

D’après le troisième projet de loi de finances rectificatives pour 2012 présenté aujourd’hui en conseil des ministres, le déficit budgétaire devrait s’élever à 83,6 milliards d'euros cette année, soit 4,5% du PIB comme le gouvernement s’y était engagé. Mais cet objectif est « maintenu » uniquement « hors opération exceptionnelle de recapitalisation de Dexia », précise le ministère de l'Economie et des Finances. Bercy s’en remet à la décision de l’Office européen de statistiques (Eurostat) sur le traitement comptable de l’opération. Son verdict est attendu d'ici un mois. Au cas où Eurostat déciderait que la France doit imputer cette opération sur son déficit 2012, ce dernier serait aggravé de 0,1 point de PIB, précise Bercy. Autrement dit la France ne remplirait pas son engagement de réduire le déficit à 4,5% cette année, mais serait juste au-dessus (4,6%).

Bercy a beau affirmer que l'année 2012 sera marquée par « une maîtrise historique » des dépenses de l'Etat, en baisse de 200 millions par rapport à 2011, une déviation même minime par rapport à l'objectif de déficit ferait tâche.
D'autant que les vraies difficultés sont à venir. Hier lors de sa première conférence de presse à l’Elysée, François Hollande a insisté sur la nécessité de réduire les dépenses publiques dans des proportions beaucoup plus importantes au cours des prochaines années. « Nous devons être capables de faire mieux, en dépensant moins » a-t-il indiqué. L’objectif d’un retour à l’équilibre des finances publiques en 2017 implique d’économiser au moins 10 milliards d’euros chaque année. C’est ce qui est prévu pour 2013, avec l’objectif de ramener le déficit à 3% du PIB. Tout en réaffirmant cet objectif, M. Hollande a d'ores et déjà demandé de la « souplesse » à ses partenaires européens, conscient du défi qui l’attend au vu des derniers indicateurs économiques. La rigueur, c'est maintenant.