Actuellement les banques françaises parviennent globalement à subvenir au besoin de financement de l’économie française. Le ralentissement de la progression du volume d’octroi des crédits s’explique par la faiblesse de la demande dans un contexte économique morose alors que les taux d’intérêt proposés par les banques françaises sont particulièrement bas même pour les PME. Les taux d’intérêt pour des crédits nouveaux inférieurs à 1 million d’euros pour des échéances allant de 1 à 5 ans sont inférieurs à 4%, autrement dit à des plus bas historiques.

«Nous observons du côté des entreprises, une baisse modérée des flux de financement  et une baisse plus importante des flux de placement. Ces évolutions accompagnent la diminution du PIB» commente Robert Ophele.

A cela s’ajoute le fait que les entreprises françaises sont déjà endettées. «Le taux d’endettement des entreprises françaises représentent 67% du PIB, contre 43% en Allemagne. Lors de la création de l’euro, le taux d’endettement des entreprises françaises et allemandes était quasi similaire par rapport au PIB de chaque pays ».

Parallèlement les réponses des banques sont largement positives aux demandes qui leur sont adressées. Plusieurs enquêtes l’attestent, notamment celle menée chaque trimestre auprès des PME et ETI (entreprises de taille intermédiaire). «Entre 90 et 95% de réponses favorables ont été faites pour les demandes de crédit à l’investissement. Moins de 60% de réponses positives ont été apportées à des demandes de crédit de trésorerie ».

Globalement il n y a pas à l'heure actuelle de rationnement des entreprises sur leur accès au financement, en déduit le sous gouverneur de la Banque de France, mais cela pourrait bien évoluer…

Un risque de pénurie de liquidité


« Lorsque la demande de crédit des agents privés (ménages et entreprises) augmentera une fois que le cycle économique se sera retourné, il n’est pas certain que le système bancaire français puisse y faire face dans le cadre réglementaire actuel faute de dépôts de clients. Cela pourrait grandement affecter la vigueur de la reprise » met en garde Robert Ophele.

Si les banques françaises sont bien situées sur le plan de la solvabilité, il n’en est pas de même s’agissant de l’impératif de liquidité.
Début 2013, la plupart des grands établissements ont affiché un ratio core tier 1 supérieur à 9% en appliquant complètement le dispositif Bâle III tel que décliné dans le projet de directive européenne CRD4.

Les pondérations déterminées dans les modèles internes des établissements pour calculer ce ratio ont pu faire l’objet de critiques. Cependant quoi qu’il en soit, les banques n’ont pas grand-chose à craindre sur le plan de la solidité de leur dotation en fonds propres. « Ce ne sont donc pas les règles de solvabilité qui freineront le robinet du crédit aux entreprises tant que la rentabilité des banques de détail-qui représente deux tiers du produit net bancaire-se maintiendra » avance M Ophele.

Le même constat ne peut pas être fait du côté de la liquidité. La future réglementation s’articule autour de deux ratios de liquidité, un ratio de court terme (moins de 30 jours) et un ratio de long terme (plus de un an). Le premier ratio devrait être respecté progressivement à compter de 2015 (ratio initialement de 50% puis 10% supplémentaire les années suivantes jusqu’à arriver à 100%). Le second ratio doit entrer en vigueur en 2019.

«Ces deux ratios privilégient les ressources stables de la clientèle de détail. Or les banques françaises sont handicapées sur ce plan car les ressources stables de la clientèle de détail ont été siphonnées par l’assurance vie d’un côté et par l’épargne réglementée largement centralisée à la Caisse des dépôts d’un autre côté » s’inquiète M Ophele.

«L’assurance vie qui représentait 20% de l’épargne financière des ménages en 1995 en représentait 37% en 2010. Cela équivaut à près de 1400 milliards d'euros. Dans le même temps, les dépôts bancaires sont passés de 37% à 30% de cette épargne financière.
La décrue des dépôts bancaires s'est enrayée depuis quelques trimestres mais c’est l’épargne réglementée (Livret A, LDD…), qui constitue plus de 30% des dépôts, qui en a le plus bénéficié, donc la Caisse des dépôts » explique le sous gouverneur.

Les ratios de liquidité vont donc être très bordants ce d’autant plus que la situation actuelle est grandement améliorée par les modalités de conduite de la politique monétaire. «Le système d’allocation de liquidité des banques centrales sans limite, dès lors que le collatéral est apporté en garantie conjugué aux deux opérations de refinancement de trois ans lancées par la Banque centrale européenne en décembre 2011 et février 2012 se traduisent par un important excédent de liquidité. Toutefois, il n’est pas possible de fonder une politique d’allocation du crédit sur un système permanent d’allocation illimité de la liquidité par les banques centrales » conclut M Ophele.

A lire également :

« Caisse des dépôts et compagnies d'assurances appelées à la rescousse pour financer la France »