Le gouvernement a présenté mercredi sa stratégie pour ramener le déficit public de la France de 3,7% du PIB cette année à 2,9% en 2014 puis 0,7% en 2017, une ambition revue à la baisse qui va faire gonfler la dette plus que prévu et retarder son reflux. Candidat, François Hollande avait promis un retour à l’équilibre des finances publiques à la fin du quinquennat.

Mais lorsque la croissance est faible ou négative comme actuellement, certaines dépenses publiques augmentent plus vite - par exemple les dépenses liées au chômage. Parallèlement, certaines recettes diminuent davantage du fait de la progressivité de certains impôts (impôt sur le revenu) ou de la sensibilité de certains revenus au niveau de la croissance (impôt sur les sociétés). D'où le remplacement de l'objectif de déficit public par celui de «déficit structurel», c’est-à-dire corrigé des effets de la conjoncture. D'après Bercy, ce déficit sera bel et bien résorbé en 2017 : il y a aura même un excédent structurel de 0,5% à cette date.

Pour y parvenir, Bercy prévoit une hausse des prélèvements obligatoires à 46,3% du PIB cette année, puis à 46,5% en 2014 et les deux années suivantes, alors qu'ils devaient initialement être stabilisés l'an prochain. De nouvelles hausses d’impôts sont à prévoir l’année prochaine : elles sont estimées à 6 milliards d’euros. Il s'agira principalement de réduction de niches fiscales et sociales et d'une lutte accrue contre la fraude. Bercy n'exclut pas, également, d'augmenter les cotisations sociales notamment dans le cadre de la nouvelle réforme des retraites qui sera débattue à l’automne. A cela s’ajoute une hausse de la TVA au 1er janvier 2014, destinée à financer le Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE).

Baisses de dépenses

Mais l’essentiel de l’effort – 70% – reposera sur la baisse des dépenses publiques, assure le gouvernement. Ainsi, les dépenses de l’État hors dette et pensions baisseront de 1,5 milliard en 2014. Il est encore trop tôt pour savoir dans quels postes l’Etat va tailler, mais Bercy indique que les programmes de soutien à l’emploi et de la lutte contre la pauvreté seront sanctuarisés. Les concours financiers aux collectivités locales seront réduits de 1,5 milliards en 2014 et en 2015 (3 milliards au total). Quant à la Sécurité sociale, elle devra trouver 5 milliards d’euros d’économies. Cela passera notamment par une réforme du système des allocations familiales, avec une baisse des prestations aux familles les plus aisées. Les autres branches (vieillesse, chômage) devront également se serrer la ceinture.

Pour Eric Heyer, directeur adjoint du département analyse et prévision de l'OFCE, toutes ces mesures risquent de fragiliser un peu plus l'économie française. « Maintenir l’objectif de 3% pour la fin de l’année prochaine aurait bien plus d’inconvénients sur le plan de la croissance, de l’emploi, de la pauvreté que d’avantages », indiquait l'économiste ce matin avant la publication du programme budgétaire du gouvernement.

Bercy table sur une hausse du PIB de 1% en 2013 (contre 0,8% encore espéré à l’automne), de 1,2% en 2014 (au lieu de 2%) puis de 2% par an jusqu’à la fin du quinquennat. Ces prévisions sont supérieures à celles du FMI, qui prédit à la France une récession cette année.