« Après cinq années de crises, trois faits majeurs sont notables sur le plan du financement bancaire des entreprises françaises » constate Jean Boissinot. En premier lieu, les grandes entreprises françaises ont massivement changé leur mode de financement. Elles ont réduit de 35 milliards d’euros le montant des crédits bancaires et ont dans le même temps augmenté de 160 milliards d’euros le volume de dette émise sur le marché. « Nous sommes déjà dans une situation où le marché apporte aux entreprises françaises plus de 35% de leur financement en dette » souligne Jean Boissinot.

Par ailleurs, les entreprises françaises se financent à des taux historiquement bas. L’impulsion de la politique monétaire s’est bien transmise au coût de financement des entreprises françaises. « Dans aucun pays de la zone euro, l’accès au crédit bancaire pour les entreprises n’est globalement aussi facile et aussi bon marché qu’en France » assure Robert Ophele. Selon ce dernier, le taux d’intérêt pratiqué est le plus bas d’Europe, y compris vis-à-vis de l’Allemagne. Sur les crédits longs, le gap entre les deux premières puissances de la zone euro est de 0,20%. Sur les crédits courts, la différence est de 0,50% à 0,70%.

Le troisième élément important à retenir à partir de l’analyse des données disponibles est qu’il n’y a pas eu de rationnement du crédit aux entreprises en France, « y compris aux PME indépendantes pour lesquelles les encours ont augmenté de 12% entre le début de la crise et aujourd’hui alors que la conjoncture économique n’a pas été très favorable à la poursuite de l’endettement » affirme Jean Boissinot.

« Les enquêtes menées par la Banque centrale européenne et la Banque de France montrent que globalement les choses se passent relativement bien entre les entreprises et leur banque » atteste Robert Ophele. Selon cette dernière institution, au dernier trimestre, 90% des entreprises qui ont demandé un crédit d’investissement l’ont obtenu substantiellement. Le pourcentage baisse quelque peu à 75% pour les demandes de crédit de trésorerie.

« Il y bien entendu des disparités-des secteurs économiques sont mieux lotis que d’autres, des parties de la courbe des taux sont mieux servies tels que les crédits de moins de 5 ans- mais globalement le tableau est positif » soutient le sous-gouverneurb de la Banque de France.

Si l’on combine ce constat avec les émissions sur le marché, l’endettement des entreprises françaises ne cesse d’augmenter alors que dans les autres pays soit il est stable à un niveau plus bas, comme en Allemagne, soit il est en baisse rapide comme en Espagne.

Le taux d’endettement par rapport à la valeur ajoutée des entreprises françaises a ainsi évolué de 25% depuis 2008, ce qui constitue un frein potentiel au rebond ce d’autant plus que le taux de marge est bas- 2 points en dessous de la moyenne des 25 dernières années et 4 points en dessous des hauts de cycle- et que les entreprises françaises sont en retard dans l’investissement non immobilier.