Stagnation. Le mot résume assez bien le profil financier du CAC 40 dressé pour la neuvième année par le cabinet Ricol Lasteyrie. Ce dernier analyse l’évolution des chiffres d’affaires, des bénéfices mais aussi de la valorisation des entreprises de l’indice vedette parisien au terme de l’année écoulée.

Premier constat, l’activité des champions tricolores souffre d’une langueur persistante. Dans un contexte économique peu porteur - 0,4 % de croissance du PIB en France, 0,9 % dans la zone euro et 2,6 % au niveau mondial -, le chiffre d’affaires publié des entreprises du CAC 40 ressort en baisse de 2 %. Si on prend en compte les variations de périmètre de l’indice et les effets de base de comparaison, on constate une légère progression (+1%). « Ces effets de base sont significatifs en raison de l’importance des cessions l’an dernier et de changements de méthodes comptables : vente de SFR par Vivendi, de la branche énergie d’Alstom, impact en année pleine de la déconsolidation de Suez Environnement par Engie…», note Ricol Lasteyrie. L’internationalisation, elle, se poursuit avec plus de 40% du chiffre d’affaires global réalisé hors d’Europe.

Les évolutions en bas de bilan sont a priori plus favorables, avec une amélioration des marges opérationnelles (7,9% en moyenne contre 6,9% en 2013) et surtout un bond de 30% des bénéfices. « Une part substantielle de cette amélioration tient à la forte réduction des dépréciations d’actifs », qui ont été réduites de moitié à 12,8 milliards d’euros, selon l'étude. « La division par presque deux des dépréciations d’actifs en 2014 constitue peut-être l’élément le plus positif de l’étude, d’autant qu’elles sont très concentrées sur quelques sociétés. La forte réduction, en particulier, des dépréciations de goodwills est le signe que les entreprises sont désormais confiantes dans la valeur de leurs actifs y compris la part immatérielle, la plus volatile, et n’anticipent pas une détérioration de leur performance ou du climat économique. C’est peut-être le premier signe tangible d’une confiance retrouvée après plusieurs années de restructuration des activités et d’assainissement des bilans », observe Alban Eyssette, Associé de Ricol Lasteyrie Corporate Finance.

Baisse des investissements

Mais ce constat est immédiatement tempéré. A l’inverse des bénéfices, «l’investissement a encore baissé en 2014, si bien que le recul atteint 10 % sur les deux derniers exercices. C’est sans doute le résultat le plus décevant et le plus inquiétant de ce neuvième Profil Financier du CAC 40» souligne Sonia Bonnet-Bernard, également Associé du cabinet. « Malgré des taux d’intérêt historiquement bas et des bilans à nouveau solides, les entreprises restent très (trop ?) prudentes. Or, on sait que la faiblesse de l’investissement privé constitue aujourd’hui le principal frein à une reprise plus vigoureuse de l’économie. »

Les entreprises tricolores seraient encore « traumatisées » par la profondeur de la récession et la timidité de la reprise en Europe. Mais à trop rester sur la défensives elles risquent de passer à côté de la reprise. Et de voir se creuser l’écart de valorisation avec leurs homologues américaines et allemandes, dont les ratios cours/fonds propres sont nettement supérieurs. Ainsi la capitalisation boursière du CAC 40 représentait à fin décembre 1,34 fois le montant total des fonds propres des sociétés qui composent l’indice, contre plus de 2 fois en 2007. Un chiffre à comparer avec celui du S&P 500 (2,7 fois à fin octobre) ou encore de l’Eurostoxx 50 (1,44 fois).