« Se défendre dans l'urgence et dans la durée ». C’est l’objectif des mesures annoncées par François Hollande, lundi devant les parlementaires réunis en Congrès à Versailles. Le chef de l’Etat a notamment demandé que l’état d’urgence, décrété vendredi soir, soit prolongé de trois mois. « J’ai décidé que le Parlement serait saisi dès mercredi d'un projet de loi prolongeant l'état d'urgence pour trois mois et adaptant son contenu à l'évolution des technologies et des menaces », a déclaré le président de la République. L’état d’urgence, actuellement défini par une loi de 1955, permet de renforcer les contrôles aux frontières et autorise des perquisitions administratives et des assignations à résidence pour les personnes dont l’activité menace la sécurité et l’ordre public. Au-delà de 12 jours, il doit être validé par le Parlement.

Intensification des frappes en Syrie

Sur le plan extérieur, la France va poursuivre et intensifier ses frappes en Syrie (lire aussi : Manuel Valls justifie l’intensification des frappes en Syrie). Le porte-avion Charles de Gaulle sera envoyé dans les prochains jours dans la région, par ailleurs la France a demandé une réunion du conseil de sécurité de l'ONU au sujet de Daech « dans les meilleurs délais ». François Hollande a précisé qu’il rencontrerait dans les prochains jours ses homologues américains et russe afin d’accélérer le processus de transition politique en Syrie. « La Syrie est devenue la plus grande fabrique de terroristes que le monde ait connu », ces rencontres visent à «atteindre un résultat qui, pour l'instant, est encore renvoyé à trop longtemps». L’Europe sera également mise à contribution dans la lutte contre le djihadisme international. «Chacun est désormais face à ses responsabilités (…). J'ai demandé au ministre de la Défense de saisir dès demain ses homologues européens au titre des traités de l'Union, qui prévoient que lorsqu'un Etat est agressé, tous les Etats membres doivent lui apporter leur solidarité face à cette agression», a-t-il martelé.

Déchéance de nationalité

Revenant à la politique intérieure, le chef de l’Etat a annoncé une révision de la Constitution, estimant que les articles 16 et 36, relatifs aux pleins pouvoirs et à l’état de siège, n’étaient plus adaptés. Il n'a toutefois pas précisé dans quel sens il souhaitait les modifier. Pour Christian Jacob, chef de file des Républicains, « la Constitution offre à ce jour tous les outils juridiques pour faire face à toutes les situations ».

François Hollande souhaite également « pouvoir déchoir de la nationalité française un individu condamné pour atteinte aux intérêts de la nation ou pour acte terroriste, même s'il est né français », dès lors qu’il aurait une autre nationalité, mais aussi «expulser plus rapidement les étrangers qui représentent une menace d'une particulière gravité pour l'ordre public et les intérêts de la nation ». Toutefois, a-t-il ajouté, ces mesures doivent être appliquées «dans le respect de nos engagements internationaux». 

5000 postes de policiers supplémentaires

Il a par ailleurs annoncé un renforcement des moyens de la police et de la justice avec la création de 5 000 postes de policiers et de gendarmes supplémentaires et de 2 500 postes pour la justice d’ici deux ans. La procédure pénale sera revue afin de « prendre en compte la spécificité de la menace terroriste ». Le chef de l’Etat entend par là un alourdissement des peines et la mise à disposition des magistrats de moyens d’enquête « les plus sophistiqués », le tout, « dans le respect de nos valeurs ».

Enfin la COP 21, réunion de plus de 100 chefs d’Etat sur le climat se tiendra comme prévu du 30 novembre au 11 décembre à Paris parce que « nous devons continuer à vivre, continuer à influencer le monde », selon François Hollande.