Bien qu'elle ait revu à la baisse sa prévision de croissance pour le deuxième trimestre, à 0,2% au lieu de 0,3% initialement, la Banque de France ne s'inquiète pas outre mesure des grèves en cours dans les transports et de leurs éventuelles conséquences sur l'activité. "Toutes les analyses s'accordent sur le fait que les grèves -nous ne savons pas quand elles finiront, mais elles finiront un jour -n'auront pas d'effet significatif sur la croissance", a indiqué mercredi le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau. Selon lui, l'impact macroéconomique devrait être compris entre 0 et 0,1 point de croissance, "probablement plutôt zéro". Quant aux inondations, dont le coût est estimé entre 900 millions et 1,4 milliard d'euros, essentiellement à la charge des assureurs, elles entraîneront également un surcroît de dépenses publiques, a souligné Florence Pisani, Directrice de la recherche économique de Candriam, lors d'un déjeuner organisé mercredi. "Cette conjonction d'événements retirera peut-être quelques points de PIB sur l'ensemble de l'année mais ils ne remettent pas en cause la reprise en cours en France et dans la zone euro", a-t-elle ajouté.

Selon la société de gestion d'actifs, la croissance de la zone euro pourrait se rapprocher des 2% en 2016 et 2017, après 1,5% en 2015. "Cette reprise est beaucoup plus homogène avec un rebond de la consommation, de l'investissement et des créations d'emplois dans la plupart des pays", souligne Florence Pisani. Les pays les plus touchés par la crise de 2008 -Espagne, Portugal, Irlande- bénéficient en outre d'un regain de compétitivité lié à la baisse des salaires et des coûts de production. Ainsi, même si les effets positifs de la baisse de l'euro et du pétrole tendent à s'estomper, l'économie européenne semble bien armée pour résister au ralentissement de la croissance mondiale.

Incertitudes

Un certain nombre de risques politiques planent cependant au-dessus de la zone euro. La crise des migrants fragilise les pays confrontés à l'arrivée massive de réfugiés (Italie, Grèce notamment) et montre une nouvelle fois le manque de cohésion au sein de l'Union européenne. L'autre sujet de préoccupation réside dans le referendum britannique sur la sortie de l'Union, qui aura lieu le 23 juin. "En soi, la sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne n'aura pas un impact majeur sur le PIB de la zone euro. Mais elle pourrait entraîner une crise de confiance dont il est difficile aujourd'hui d'évaluer les conséquences", estime Anton Brender, économiste chez Candriam.

Quel que soit le résultat de ce vote, il est nécessaire que la zone euro repense sa gouvernance si elle veut écarter le risque d'une stagnation prolongée et corriger son retard d'investissement, analyse Florence Pisani. "Dans un contexte d'euroscepticisme croissant, et à la veille d'élections décisives en France comme en Allemagne, la chose ne sera pas facile". Pour François Villeroy de Galhau, la pérennité de la reprise passe également par la poursuite des réformes notamment en France. "Le statu quo en matière d'emploi est impossible", avait-il souligné en mai, estimant que le"projet de loi travail "apporte des progrès bienvenus". Et de rappeler que la croissance française "reste inférieure à celle des cycles précédents et aussi à celle de la zone euro en moyenne".