Comme chaque année à la même époque, le ministre de l'économie et des finances a présenté le projet de budget de la France. Rien que du "sérieux", d'après Michel Sapin, qui entend ramener le déficit public sous la barre des 3% du PIB (2,7% plus exactement) à la fin de l'année prochaine tout en réduisant les impôts des ménages modestes et des petites entreprises.

Ces objectifs sont cependant à prendre avec des pincettes. D'une part parce qu'ils reposent sur une prévision de croissance de 1,5% l'année prochaine, jugée très optimiste par les économistes, d'autre part parce qu'ils impliquent la continuité des orientations budgétaires tout au long de l'année prochaine. Or, en cas d'alternance politique lors des élections présidentielles et législatives, il y a fort à parier pour que le budget soit modifié en profondeur, via une loi de finances rectificative.

C'est ce qui s'est produit en 2008 lorsque Nicolas Sarkozy a mis en application son programme "travailler plus pour gagner plus" et, de façon plus marquante encore en 2012, lorsque François Hollande est revenu sur l'exonération des heures supplémentaire pour les entreprises de plus de 20 salariés et a supprimé la TVA sociale, pourtant votée quelques mois plus tôt. Un coup d'œil au programme des candidats à la primaire de la droite montre qu'il en sera de même en cas de victoire de l'un deux en 2017. Baisses de charges massives, suppression de l'ISF, remise en cause du prélèvement à la source…les mesures promises sont parfois diamétralement opposées à celles qui figurent au projet de loi de finances présenté par Michel Sapin. Il en va de même des objectifs de déficit public, qui pourrait se creuser et non se résorber. Nicolas Sarkozy prévoit ainsi une "dégradation transitoire" du déficit autour de 4% en 2017 quand François Fillon mise sur 4,7%, selon des sources citées par le JDD. 

"Dire que le déficit sera de 2,7% en 2017, c'est bidon!", a d'ailleurs attaqué François Fillon le 18 septembre sur Europe 1. "Quel que soit l'homme qui sera élu président de la République, le déficit sera creusé en 2017. Il y a entre 15 et 20 milliards de dépenses publiques supplémentaires non financées, et qui seront déjà dépensées en 2017", a-t-il ajouté. "Toutes les dépenses nouvelles et baisses d'impôts sont financées" a rétorqué Michel Sapin ce mercredi, annonçant un "effort"de 14 milliards dont 5,7 milliards de dépenses supplémentaires dans le domaine de la lutte contre le terrorisme, de l'éducation nationale et de l'aide à l'emploi. Ces nouvelles dépenses seront financées par des économies dans le budget de la Sécurité Sociale et des collectivités locales, mais aussi par le produit de la lutte contre la fraude fiscale et sociale, le recouvrement anticipé de certains impôts sur les entreprises ou encore l'augmentation des taxes sur le tabac.