A moins d'un mois du premier tour de l'élection présidentielle, la France bénéficie d'un répit sur les marchés financiers. Le taux de l'OAT à dix ans est repassé la semaine dernière sous les 1%, signe d'un regain d'intérêt des investisseurs pour la dette européenne en général et française en particulier.

Le "spread" (prime de risque) entre l'OAT et le Bund allemand a également diminué à 57 points de base vendredi contre un pic de 84 points de base fin février (inédit depuis 2012).  La France "continue à profiter d'un mouvement de retour à la moyenne" après une poussée de tension en janvier et février où ses taux d'emprunts s'étaient nettement écartés du Bund", a indiqué à l'AFP Jean Sayegh, responsable de la gestion obligataire chez Lyxor.

Cette détente est notamment due aux difficultés rencontrées par Donald Trump pour obtenir l'abrogation de la loi de santé "Obamacare", qui pousse les investisseurs vers le marché obligataire plutôt que vers les actions. Certains comme Michael Kautzberger, en charge du fonds Euro Bond chez BlackRock, profitent de ce mouvement pour racheter de la dette tricolore. "La dette française a été très bon marché par rapport à celle des autres pays de la zone euro ces dernières semaines et nous avons adopté une légère surpondération", a-t-il indiqué dans une interview à Reuters. "Je suis optimiste. Je trouve assez rafraîchissant que quelqu'un comme (Emmanuel) Macron, sur un message européen positif, soit le favori pour remporter l'élection", a-t-il ajouté.

Selon un sondage sondage Ipsos/Sopra Steria diffusé mardi la présidente du FN devancerait d'un point Emmanuel Macron au premier tour de l'élection présidentielle, avec respectivement 25% et 24%, loin devant François Fillon (18%). Au second tour, en cas de duel Le Pen/Macron, le candidat centriste l'emporterait largement sur la présidente du Front national (62% contre 38%).

Tous les investisseurs ne partagent pas la  ne partagent pas la sérénité de M. Kautzberger. Pour les analystes d'UBS Wealth Management la probabilité d'une victoire de Marine le Pen est bien plus élevée que ne le laissent entendre les sondages et se situe plutôt autour de 40%. "Même si les sondages d'opinion laissent entendre que (Emmanuel) Macron sera le prochain président français, nous nous attendons encore à quelques surprises dans la course à la présidence", a indiqué à Reuters Dean Turner, économiste d'UBS WM. "Il ne faut pas sous-estimer les chances de Le Pen."

Si le marché ne semble pas "pricer" aujourd'hui une victoire de Mme le Pen, le risque politique devrait continuer à peser sur la performance des actions et des obligations européennes jusqu'au dénouement de cette élection.