Il existe un lien évident entre l’assurance vie et le financement de l’économie, 60% des placements des assureurs se faisant dans les entreprises, rappelle Bernard Spitz. « Depuis cinq ans les investissements dans les PME ont été multipliés par trois notamment grâce à la création de fonds Novi, Nova, et Novo. Selon l’AFIC, le financement des assureurs dans le capital investissement a connu son pic en 2016 ».

L’assurance vie joue un rôle d’orientateur et de stabilisateur. « Les Français font un lien absolu entre durée et fiscalité. Ils ont conscience que plus de temps ils laisseront leur épargne placée et plus ils auront de chance d’être récompensés par un avantage fiscal au dénouement de leur contrat. C’est ainsi qu’en 2008, au pic de la crise, nous avons pu observer un comportement extrêmement calme des détenteurs d’assurance vie » éclaire Bernard Spitz. « Or dans l’environnement actuel où les éléments perturbateurs sont multiples tout ce qui peut encourager la stabilité est crucial. Sans l’assurance vie, la volatilité de l’épargne française serait accentuée. Les Français iraient d’un produit à un autre au gré des nouvelles, ce qui contribuerait à déstabiliser d’autant plus l’économie» ajoute ce dernier.

Ces deux rôles d’orientateur et de stabilisateur doivent conduire à redoubler de vigilance avec les mesures qui pourraient être prises à propos de l’assurance vie, telle est la principale conclusion de l'enquête menée par Ipsos auprès de 1009 personnes. Cette dernière démontre que les Français sont très sensibles à tout ajustement, même marginal, qui viendrait impacter le caractère sécuritaire, la durée de détention, ou les avantages fiscaux associés à l'assurance vie. 

L’idée n’est pas de défendre un statu quo, soutient le président de la FFA. L’idée est d’envisager des évolutions appropriées, non contraignantes, clairement expliquées. «Il faut accompagner, et non imposer, et mettre l’accent sur la pédagogie . Tout aménagement éventuel devra être fait dans le respect de la psychologie bâtie par les Français autour de l’assurance vie».

Ainsi, pour Bernard Spitz, la mise en place d’un fléchage, évoquée par certains candidats à la présidentielle, serait éminemment contre- productive. D’une part, les Français y seraient farouchement hostiles. D’autre part, un tel fléchage serait illégal au regard du droit européen.
De même la flat taxe consistant à aligner le taux d’imposition de l’assurance vie sur celui des autres produits d’épargne n’est pas vue d’un bon œil par le président de la Fédération. « Cette flat taxe annihilerait tout avantage en contrepartie de l’effort d’investir sur le long terme et s’inscrirait ainsi en contrariété avec les attentes des Français ».

Des réactions immédiates et très marquées

« Une réforme qui irait à l’encontre du cadre conceptuel forgé dans l’esprit des Français autour de l’assurance vie conduirait à une rupture brutale du contrat de confiance qui s’est implicitement noué, et induirait des réactions immédiates et très marquées » met en garde Stéphane Dedeyan, président de la commission des assurances de personnes de la FFA, et directeur général délégué de Generali France. « Nous verrions une baisse ou un retrait de l’épargne de l’assurance vie qui serait replacée dans des produits bancaires plus liquides (livret A, LDD, PEL) et dans l’immobilier, au détriment du financement de l’économie»  précise ce dernier.

« L’élasticité des réponses aux éléments faisant varier les curseurs est considérable. La remise en cause aussi mineure soit elle de la durée, de la fiscalité, ou du caractère risqué de l’assurance vie entrainerait des déplacements très significatifs» indique Brice Teinturier, directeur général délégué France chez Ipsos.

« Jusqu’en 1995, un avantage fiscal à l’entrée récompensait l’effort d’épargne fait régulièrement. On avait une majorité de contrats où l’effort d’épargne à prime périodique structurait le marché. La suppression cette récompense a conduit à passer à un marché à contrat à prime unique. On est passé à une offre autour de l’ingénierie du placement. Cela a déclenché une porosité entre le compte bancaire et le contrat d’assurance vie » illustre Stéphane Dedeyan.