Alors que la volatilité reste très basse sur les marchés actions à quelques jours du premier tour de l'élection présidentielle française, certains investisseurs ont décidé de se couvrir contre le risque de change. "Nous observons une forte demande de puts (options de vente, ndlr) sur l'euro qui traduisent les craintes d'une baisse de la monnaie européenne en cas de victoire de Marine le Pen", a indiqué Andrea Tueni, analyste de Saxo Banque, jeudi lors d'un point presse sur les perspectives des marchés.

Ces options devraient logiquement peser sur le cours de la monnaie unique, or il n'en est rien. "On aurait pu s'attendre à ce que l'euro retombe à son niveau de fin 2016, autour de 1,04 dollar, mais il fait preuve au contraire de résistance, à 1,07 – 1,08 dollar" a souligné l'analyste. "Cela montre qu'en dépit des craintes, le scénario d'un éclatement de la zone euro n'est actuellement pas 'pricé' par le marché".

Cette résistance de l'euro peut s'expliquer par le fait que même si Marine le Pen arrivait au pouvoir, la sortie de la France de l'union économique et monétaire resterait une hypothèse improbable. La candidate du Front national veut certes organiser un referendum sur l'appartenance de la France à l'Union européenne mais elle ne peut le faire que "sur proposition" du Premier ministre, des deux assemblées ou d'1/10e du corps électoral, appuyé par 1/5e des parlementaires (referendum d'initiative populaire). Or il est probable que Mme le Pen, si elle est élue, n'aura pas de majorité parlementaire et devra accepter une cohabitation. Même si elle parvenait à convaincre le parlement ou le Premier ministre d'organiser ce referendum, elle pourrait être désavouée par les Français, qui restent majoritairement attachés à l'Union européenne, a précisé M. Tuoni.

Selon lui l'hypothèse la plus probable, en cas de victoire de Mme le Pen, est une chute de l'euro vers la parité avec le dollar avant un rebond. Les investisseurs exerceraient en effet leurs "puts" puis rachèteraient la monnaie européenne, qui a déjà démontré par le passé sa capacité à résister aux crises (grecque, dettes souveraines).