Le prélèvement à la source n'est pas la priorité du gouvernement. La réforme, censée s'appliquer à compter du 1er janvier 2018, est décalée d'un an, le temps de tester son fonctionnement dans un certain nombre d'entreprises, a indiqué Edouard Philippe mardi.

"Je ne veux pas m'engager dans cette réforme sans avoir la certitude que, techniquement, tout se passera bien. On va utiliser l'année qui vient pour garantir que le dispositif sera opérationnel et simple pour les employeurs et notamment pour les petites entreprises", a déclaré le Premier ministre lors d'une interview avec les lecteurs du Parisien/Aujourd'hui en France. Edouard Philippe précisé qu'il s'agissait d'une "bonne réforme car elle permet d'ajuster en temps réel la perception de l'impôt à l'évolution de vos revenus".

Voté dans le cadre de la dernière loi de finances, le prélèvement à la source vise à imposer les revenus de l'année en cours et non plus ceux de l'année précédente, comme c'est le cas actuellement. Chez les salariés, l'impôt sera prélevé par l'employeur directement sur la fiche de paie, sur la base d'un taux d'imposition calculé et transmis par l'administration fiscale. Pour les retraités, la caisse de retraite se chargera de la collecte.

Ce système est déjà en place dans la plupart des pays développés. Cependant sa mise en œuvre pose de nombreuses questions. Mi-avril, trois syndicats avaient dénoncé le "risque d'accident industriel" compte tenu du manque de préparation et de moyens de l'administration fiscale. De leur côté, les organisations patronales ont dénoncé une contrainte supplémentaire pour les employeurs chargés de collecter l'impôt. La réforme pose également la question d'une altération des rapports entre l'employeur et ses salariés, dès lors que le premier aura connaissance du taux d'imposition de chacun (celui-ci prend en compte d'autres revenus que celui du travail).

S'il avait été appliqué dès 2018, le prélèvement à la source aurait en outre masqué la baisse des cotisations salariales promise par le nouveau gouvernement, qui se traduira par une hausse du salaire net pour la plupart des employés (malgré la hausse de la CSG). D'où l'idée d'un report, sans pour autant abandonner une réforme qui va dans le sens de la modernisation de l'économie voulue par Emmanuel Macron.