A peine installé dans ses fonctions le Premier ministre Edouard Philippe avait alerté sur le risque de "dérapage" du déficit public cette année, par rapport aux objectifs fixés dans la loi de finances. La Cour des Comptes était chargée d'en déterminer l'ampleur. C'est chose faite avec la publication jeudi 29 juin d'un rapport cinglant sur le dernier budget du quinquennat de François Hollande.

Selon la Cour, « les textes financiers soumis à l'approbation de la représentation nationale étaient manifestement entachés d'insincérités ». «Sans mesures nouvelles de redressement» le déficit public devrait atteindre 3,2% du PIB, loin de l'objectif de 2,8% affiché par la France dans son Programme de stabilité. Cela correspond à un dérapage de 8 milliards d'euros. Contrairement à 2012, date de son dernier audit 'post-électoral', la Cour des Comptes n'impute pas cet écart à des prévisions économiques trop optimistes. Le dérapage résulte "quasi exclusivement de la sous-estimation des dépenses de l'Etat", affirme-t-elle. Et de pointer "les sous-budgétisations plus élevées encore que les années précédentes" des dépenses des ministères, la recapitalisation de la filière nucléaire qui pourrait conduire à une charge de 2,3 milliards d'euros, ou encore les recettes moins importantes que prévu de la cellule de régularisation pour évadés fiscaux de Bercy. Bref, un véritable carton rouge au gouvernement sortant.

Pour éviter de sortir de la trajectoire définie par la France, à laquelle Emmanuel Macron a redit son attachement, sans augmenter les impôts, la seule solution est de tailler dans les dépenses publiques, poursuivent les Sages de la rue Cambon. Des économies sont à trouver dès cette année sur les dépenses des ministères. Ils jugent par ailleurs nécessaire de stabiliser les dépenses en volume en 2018, alors qu'elles ont progressé de 0,9% par an entre 2011 et 2016, reconnaissant qu'il s'agit là d'"un effort sans précédent".

Le message semble avoir été reçu. Il y aura des "décisions difficiles", a prévenu dès lundi le ministre de l'Economie Bruno Le Maire. "Il faut que l'Etat, les collectivités locales, les dépenses sociales, chacun fasse un effort", a-t-il ajouté. Certaines décisions pourraient être annoncées lors du discours de politique générale d'Edouard Philippe, le 4 juillet, mais le gouvernement n'aura pas trop des deux mois d'été pour préparer un projet de budget qui s'annonce comme un sérieux tour de vis. S'il ne prévoit pas de hausses d'impôts (hormis la hausse de la CSG déjà annoncée) il pourrait devoir reporter certaines mesures coûteuses comme la réforme de l'impôt sur la fortune (ISF), la suppression de la taxe d'habitation pour 80% des ménages ou la transformation du CICE en baisse de charges.