On avait dit et redit qu’il fallait s’intéresser à la publication des minutes du dernier comité de politique monétaire américain (le FOMC, en date des 30 et 31 janvier). De fait, le marché a réagi de façon assez « tonique ». Du côté des titres d’Etat, le taux à 10 ans a augmenté de 5pdb entre la sortie du rapport et la clôture des marchés aux Etats-Unis (à 2,95%). L’indice S&P 500, pour sa part a commencé par monter de 0,5% en quelques minutes, avant de partir à la baisse (-1,7% par rapport au point haut et -0 6% sur la journée). Pour compléter ce panorama de marché, notons une hausse du dollar et une baisse du prix de l’or.

Qu’a donc dit la Fed d’un peu inattendu ? Avant de répondre (tenter de) à la question, rappelons des éléments de contexte. Depuis la tenue du FOMC, trois évènements importants se sont produits. Ils doivent être pris en compte dans les tentatives d’extrapolation qu’on est tenté de faire à la lecture des débats entre policymakers. Il y a d’abord des indicateurs de coûts du travail et de prix, suggérant un peu plus d’inflation.

Il y a ensuite 300 milliards d’USD de dépenses fédérales supplémentaires à l’horizon de l’année budgétaire en cours et de la suivante. Il y a enfin l’« accident de marché » à la jonction des mois de janvier et de février. Trois conclusions sont sans doute à tirer : la normalisation attendue de l’inflation serait en marche, la croissance économique sera un peu plus forte que prévue initialement et la stabilité des marchés est quelque chose à suivre avec attention.

Venons-en à l’analyse et aux débats au sein de la Fed. Notons du côté de l’économie réelle une double conviction : plus de croissance à court terme (et donc probablement pas à moyen terme, avec sans doute l’idée que la réforme fiscale n’apporterait qu’un soutien temporaire à l’activité ; cette conviction se maintiendra-t-elle avec le leadership de Jay Powell ?) et une lente remontée de l’inflation (seuls quelques-uns des membres expriment une préoccupation quant à un risque haussier en la matière). Pour ce qui est de la gestion du taux directeur, le balancement entre « davantage » de hausses, mais à un rythme « graduel » reste en place et de façon visible. L’interprétation n’est pas évidente : évoque-t-on un peu plus de trois hausses de 25pdb cette année ou signale-t-on le maintien de la cadence de trois hausses pour 2018 comme pour 2019 ? Rappelons que les dernières projections de la Fed (décembre dernier) pointent sur deux augmentations l’an prochain.

Mon impression est qu’il faut s’attendre à une révision haussière des projections économiques du FOMC ; mais sans doute pas à davantage d’augmentations envisagées du taux directeur, tout au moins pour l’année en cours. Les taux longs n’atteignent-ils pas un niveau à même de devenir pénalisant, en termes à la fois de croissance économique et d’orientation du marché des actions ?

  Hervé Goulletquer, stratégiste pour la Banque Postale Asset Management