Comme c’est souvent le cas, l’être humain entend ce qu’il s’est préparé à entendre. Cela a sans doute été le cas une fois encore sur les marchés, suite à l’audition de Jay Powell, le nouveau Chairman of the Board de la Fed devant une commission de la Chambre des représentants. Les phrases-clé qui ont retenu l’attention de la communauté financière sont sans doute les suivantes :

• la faiblesse de l’inflation l’année dernière est liée à des facteurs provisoires ; cela ne devrait pas se répéter ;
• les conditions financières, qui s’étaient améliorées tout au long de 2017, ont enregistré une correction plus récemment ; sans que cela ne doive peser fortement sur les perspectives de croissance, d’emploi et d’inflation ;
• de fait, celles-ci restent solides, avec une bonne orientation tant de la consommation privée que des exportations et de l’investissement des entreprises ;
• de plus, la politique budgétaire devient plus stimulante.

Forte de cette conviction exprimée par le Président Powell que le momentum de la croissance se renforce, la déduction du marché semble être la suivante : les nouvelles projections de la Fed (elles seront connues au sortir du prochain comité de politique monétaire qui se tiendra les 20 et 21 mars prochains) seront revues à la hausse et donc il y aura davantage de hausses à venir du taux directeur. CQFD et chacun de se mettre à considérer sérieusement l’hypothèse de 4 relèvements de 25 points de base du taux des fonds fédéraux cette année.

Il me semble que les phrases importantes à tirer des propos de Powell sont ailleurs. La première, tirée du texte préparatoire à la séquence des questions - réponses est la suivante : « le comité de politique monétaire continuera de chercher le bon équilibre entre éviter la surchauffe de l’économie et ramener l’inflation mesurée par l’indice du prix des dépenses du consommateur (le PCE) à 2% et ceci de façon durable ». Puisque, et c’est moi qui parle, l’expression de la surchauffe se fait au travers de plus d’inflation, le premier combat à mener est celui qui permettra de ramener l’inflation durablement sur la cible de 2%. Rappelons que le glissement sur un an du core PCE était en décembre dernier (dernier point connu) de 1,5%. En la matière, davantage de croissance est aujourd’hui une bonne chose.

Le second point que j’ai envie de mettre en exergue est le sens d’une réponse faite à un représentant qui l’interrogeait sur les conséquences de la réforme fiscale et surtout la baisse de l’imposition des entreprises. Powell a pointé plus d’investissement productif, plus de gains de productivité et in fine des salaires réels plus élevés. L’approche est assez supply-side economic, n’est-ce pas ! Mais tout de suite tempérée par la remarque qu’une relance budgétaire en période de plein emploi conduit à la surchauffe de l’économie, plus d’inflation et une hausse des taux d’intérêt.

On retrouve dans ce balancement entre structurel et cyclique la dialectique de la première phrase entre risque de surchauffe et volonté d’un retour durable de l’inflation au bon niveau. Et pour le moment l’emphase est d’abord sur le second aspect. Je crois que l’expression « donner sa chance à la croissance » reste d’actualité. Le gradualisme reste l’alpha et l’oméga de la politique monétaire américaine et je m’interroge sur le parallélisme qu’il y aurait indubitablement à faire entre révision haussière des projections économiques de la Fed et davantage de hausses du taux directeur. A ce titre, la baisse de 1,6% du S&P 500 entre le début de l’intervention de Powell et la clôture de Wall Street me semble sévère, sur fond d’une hausse de 6pdb des taux à 2 et 10 ans.

 Hervé Goulletquer, stratégiste pour La Banque Postale AM