Donald Trump a déclaré avoir l’intention d’imposer des taxes de 25% sur les importations d’acier et de 10% sur celles d’aluminium. On n’en sait pas plus, si ce n’est que la décision est justifiée par des considérations de sécurité nationale. Les détails seraient annoncés dans les prochains jours. La réaction des marchés ne sait pourtant pas faite attendre : actions et taux longs à la baisse.

Faisons remarquer que dans ce genre de dossier le «diable est dans les détails» et ce sont justement ceux-ci qui manquent. Rappelons les trois options proposées dans le rapport du département du Commerce, remis récemment à la Maison, Blanche : une taxe générale, des quotas généralisés ou un mixte des deux permettant de viser plus particulièrement certains pays.



Au vu des propos du Président Trump, l’option 2 n’est sans doute pas d’actualité, la 1 est peut-être la plus probable, mais la 3 n’est pas impossible. En sachant que l’histoire de ce type de mesures est pleine d’exceptions à la règle, qui viennent relativiser la portée de la mesure initiale.

Les secteurs de l’automobile et de l’aéronautique risquent d’être pénalisés

Disons aussi que les importations d’acier représentent 1,5% du total des achats de biens à l’étranger et que celles d’aluminium moitié moins. Les effets macroéconomiques directs devraient être faibles. A un niveau sectoriel, ce sont les branches consommatrices de ce type de produits qui seront le plus pénalisées (en fonction bien sûr de la force des mesures prises). On pense, entre autres, à l’automobile et à l’aéronautique. Ce sont aussi les créations d’emplois dans ces secteurs avals, qui seront les plus pénalisés. Bien sûr, il y a le risque de l’enclenchement d’une spirale mesures contre-mesures prises par les uns et les autres.

La Chine dans le viseur ?

Alors quel message le Président Trump veut-il envoyer ? Est-il économique, avec la volonté de défendre la production américaine. Dans ce cas, il serait dirigé contre la Chine qui «pèse» autour de 50% du déficit commercial non pétrolier des Etats-Unis. Notons au passage que l’annonce a été faite alors que l’«étoile montante» de la politique économique chinoise, Liu He, récemment nommé au Bureau politique du PC chinois par le Président Xi, visitait à Washington des officiels de haut rang de l’Administration américaine. Il est plus que possible que la volonté «implacable» de réformes affirmée par Pékin inquiète le monde politique aux Etats-Unis : on le perçoit tout à fait sur le front domestique ; quid des affaires extérieures ? Jusqu’où faudra-t-il faire de la place à la Chine sur la scène internationale ?



Le message a assurément aussi une dimension de politique intérieure : remobiliser l’électorat «traditionnel» de Trump. Même si cela ne suffira pas à créer une majorité pour le Parti républicain lors des mid-term elections de novembre prochain.

 Hervé Goulletquer, stratégiste pour La Banque Postale AM