Les marchés financiers n’ont pas très bien réagi à la décision du Président Trump de se séparer du secrétaire d’Etat, Rex Tillerson, une semaine après avoir fait de même avec son principal conseiller économique, Gary Cohn : baisse des bourses et repli tant des taux longs que du dollar, sur fond de cours de l’or un peu plus fermes. De fait, les questions s’accumulent sur la politique américaine.

Vers plus d'isolationnisme ?

La politique budgétaire, avec son cap mis sur la relance est-elle avisée (un choc d’offre positif) ou contre-productive car à contretemps (alors que les capacités de production sont très sollicitées, dynamiser la demande ne sert pas à grand-chose) ? La politique commerciale fait-elle dans le symbolique à vocation de politique intérieure (des augmentations de droits de douane insignifiantes en termes économiques, mais qui raisonnent positivement auprès de certains groupes sociaux et dans certaines Etats) ou prend-elle une tournure franchement protectionniste qui ne pourra que dégrader les perspectives économiques mondiales ?

Avec le remplacement à la tête de la diplomatie de Tillerson par Mike Pompeo, décrit comme ultra-conservateur, hostile tant à l’accord de Paris sur le climat qu’à celui sur le nucléaire iranien et utilisant les références de la guerre sainte entre l’islam radical et l’occident chrétien, est-ce au tour de la politique étrangère de s’infléchir dans un sens plus isolationniste ? In fine, ne doit-on pas se demander si les idées de Steve Bannon, l’ancien Chief strategist de la Maison Blanche, débarqué en août dernier, ne sont pas en train de s’imposer ?

Repartons de l’ordre mondial, tel que les Etats-Unis l’ont instauré à la fin de la deuxième guerre mondiale et insistons sur les enjeux auxquels il fait face. Les principes fondateurs étaient au nombre de trois :

• l’ouverture et l’intégration économiques favorisent à la fois la prospérité et son partage ;
• la démocratie et la protection des droits de l’homme renforcent les structures sociales et favorisent la coopération internationale ;
• les processus d’ouvertures économique et politique se renforcent mutuellement.

Qui ne voit pas que ce credo libéral, dans sa double acception économique et politique, est aujourd’hui questionné ?

• le lien entre mondialisation et prospérité partagée est discuté ;
• la démocratie, comme système politique ouvert et inclusif, n’est plus l’ambition finale de tous les pays (de la montée du populisme en Occident à l’exemple chinois) ;
• l’ouverture économique n’implique pas forcément l’ouverture politique (une fois encore l’exemple chinois).

Trump dans un rapport de force 

Le point n’a évidemment pas échappé au Président Trump. Au vu des évènements récents, il est important de comprendre la façon dont celui-ci le décline. En la matière, il est sans doute utile de faire référence à une remarque d’Henry Kissinger (un ancien secrétaire d’Etat), dans ses mémoires : « Les convictions que les leaders se forgent avant d’atteindre les plus hautes positions forment le capital intellectuel qu’ils mettront en œuvre tout au long de leur mandat. » Quel est le capital intellectuel de Donald Trump, à la carrière de businessman dans la promotion immobilière, si ce n’est que la compétition est la mère des succès ? Il faut se souvenir du contenu du National Security Strategy Statement, publié à la fin de l’année dernière. Face aux menaces que représentent les acteurs non-étatiques (organisations criminelles ou terroristes), les pays révisionnistes (Chine et Russie), les Etats voyous et dictatoriaux (Corée du Nord et Iran), les Etats-Unis doivent poursuivre un quadruple but : protéger le territoire national et l’American way of life, promouvoir la prospérité (intérieure, c’est moi qui précise), préserver la paix par la force et faire progresser l’influence américaine dans le monde. La réussite passe par la réussite économique, qui assure la supériorité militaire et qui permet de négocier en position de force.

Renforcer l’économie américaine et créer un rapport de force en sa faveur ; voilà les ambitions de l’Administration Trump. Tant pis si les règles préexistantes sont écornées. A ce titre, le cadre nécessaire au « doux commerce » risque d’être malmené et cela inquiète au sein de la communauté des affaires. L’histoire ne nous apprend-elle pas a raison du plus fort n’est pas toujours la meilleure ?

 Hervé Goulletquer, stratégiste pour la Banque Postale AM