Pourquoi le secteur de la technologie est-il si sensible aux rumeurs de guerre commerciale ? Pour comprendre cette extrême sensibilité il faut ressortir un papier académique de 2011 : « Capturing Value in Global Networks: Apple’s iPad and iPhone » par Kraemer, Linden et Dedrick.

L’article décompose la valeur ajoutée d’un Iphone en 2010, ce qui est un petit exploit car l’information disponible est très limitée. Il illustre parfaitement la globalisation de la chaine de valeur.

Sur les 549 $ du prix de vente d’un Iphone 4 en 2010 :

• Apple capture 58,5% de la valeur ajoutée soit 321 $.

• Les fournisseurs de composants, l’Europe, le Japon, Taiwan et la Corée du Sud captent une autre partie importante de la valeur ajoutée, 6,8% du total soit 38 $.

• La Chine, où tout l’assemblage est fait, ne capte que 1,8 % de la valeur ajoutée, soit 10 petits dollars.





D’un point de vue économique, il y a deux implications à la globalisation de la chaine de valeur d’Apple :

• Premier point. Le coût d’importation pour Apple du produit fini en provenance de Chine est donc de 216 $, c’est aussi la contribution au déficit commercial américain vis-à-vis de la Chine. On voit bien que ce chiffre n’a que peu de sens, le vrai déficit est avec les autres pays asiatiques qui fournissent à l’assembleur chinois les composantes avec une vraie valeur ajoutée : mémoires, écrans tactiles, batteries, etc… L’obsession sur le déficit bilatéral entre les Etats-Unis et la Chine est aussi une erreur, la Chine n’étant, comme dans le cas de l’Iphone, qu’un assembleur, le vrai déficit est beaucoup plus diffus.

• Deuxième point, Apple vend une grande partie de ses produits à l’extérieur des Etats-Unis, et garde une large partie de ses bénéfices aussi à l’extérieur des Etats-Unis. Par définition ils diminuent donc les transferts vers les Etats-Unis liés à leur activité et donc diminuent le niveau des exportations américaines. Ici aussi l’approche classique de balance commerciale est biaisée.

Des effets néfastes

D’un point de vue de marché, les tarifs douaniers auraient deux effets pour les compagnies de technologie américaines :

• Une forte augmentation des coûts de production et donc une érosion importante des marges. Les études montrent que c’est le secteur qui a le plus optimisé la chaine de production mondiale et qui serait donc le plus impacté.

• La tech est aussi la victime de choix pour une réponse des partenaires commerciaux américains. Bruxelles doit proposer aujourd’hui une taxe sur le chiffre d’affaires des groupes numériques. Bien sûr, la principale conséquence serait une notable augmentation du taux effectif d’imposition pour les grands groupes de tech américains. Il n’y a pas de coïncidence...

Bref, le marché a raison de s’inquiéter des montées protectionnistes, la technologie est en première ligne.

 Stéphane Déo, stratégiste pour la Banque Postale AM