On attendait les décisions de la Fed au sortir de son comité de politique monétaire hier au soir. Commençons par voir comment les marchés ont réagi. Le rendement des titres d’Etat a baissé. De juste avant la publication du communiqué à ce matin, le repli est d’une ampleur comparable pour les références 2 ans et 10 ans (respectivement -4pdb à 2,30% et -5pdb à 2,86%). La baisse de l’écart de taux d’intérêt entre Etats-Unis et Allemagne (autour de 4pdb pour des références 2 ans) a poussé le dollar un peu à la baisse face à l’euro (l’€-$ passant de 1,2280 à 1,2353). La bourse américaine (en prenant comme référence le S&P 500) a fini par baisser suite à l’annonce (-0,57%), sachant que le repli sur la séance est de 0,18%. Ni enthousiasme, ni mouvement marqué ; a-t-on envie de conclure.

Croissance en hausse, chômage en baisse


Alors qu’a fait et qu’a dit la Fed ? En fait, rien de très surprenant ; mais in fine une approche plutôt moins hawk (dure) qu’anticipé par la moyenne du marché. Il y a évidemment le relèvement de 25 centimes du taux des fonds fédéraux (la nouvelle fourchette-cible est 1,50% - 1,75%) ; mais le geste est sans aucune surprise. Entrons donc un peu dans le détail de ce qui a été dit et écrit. Parlons chiffres pour commencer.

• Du côté de l’économie réelle, la croissance économique est revue à la hausse et le taux de chômage, à la baisse. C’est sans surprise. Faisons 2 commentaires supplémentaires. D’abord, la révision à la hausse de la croissance concerne 2018 et 2019 (respectivement de 2,5% en décembre à 2,7% aujourd’hui et de 2,1% à 2,4%), mais pas 2020 et pas le moyen terme (2,0% et 1,8%). Comment ne pas voir ici un positionnement par rapport aux effets attendus de la politique budgétaire menée par l’Administration Trump ? Il n’y aurait pas d’effet positif sur la croissance potentielle. Ensuite, la Fed paraît considérer que le marché du travail est moins tendu qu’estimé précédemment. De fait l’inflation est à peine revue à la hausse : de 0,1 point en 2020 pour l’indice d’ensemble du déflateur de la consommation privée (à 2,0%) et aussi de 0,1 point, mais en 2019 et 2020, pour le noyau dur (à 2,1%). Insistons sur un point : ces changements sont moins insignifiants qu’une lecture rapide le suggérerait. La Fed annonce que dès l’année prochaine l’inflation sera au-dessus de la cible ; même si ce n’est que marginalement.

• En matière de projections du taux directeur, la vue médiane reste à 3 hausses cette année, passe de 2 et des poussières à 3 pour 2019 et de moins de 2 à 2 en 2020. Tant et si bien que le point d’atterrissage est en fin de période de 3,4% et non plus de 3,1%. La perspective de moyen terme est révisée plus modestement : de 2,8% à 2,9%. Que penser de ces ajustements ? Concernant 2018, la Fed ne valide pas pour le moment les anticipations du marché, qui tablait sur 4 hausses. Pour ce qui est de 2019, le passage à 3 relèvements « pleins » n’est pas une grosse surprise. Le niveau envisagé pour fin 2020 est in fine revu à la hausse d’un peu plus d’1/4 de point de pourcentage. Surtout il se positionne plus haut que le taux « neutre » (celui estimé sur moyen terme). Ce n’est à cet horizon que la politique monétaire participerait d’un freinage de l’activité.

Tout paraît sous contrôle

Que relever au sein du communiqué publié au sortir du comité de politique monétaire et des propos de Jay Powell durant la conférence de presse ? Du côté de l’écrit, très peu de changements par rapport à la dernière fois, au-delà de la prise en compte d’un début d’année moins dynamique en matière de consommation et d’investissement des entreprises et d’une inflation qui relèverait un peu la tête au cours des prochains mois (un effet-base avant tout).

Bref, tout paraît sous contrôle. L’impression retirée de la prestation du Président du Board, au moins au travers des relevés de presse, est celle d’une communication claire et équilibrée (plus balancée que dialectique comme lors des auditions récentes devant le Congrès) et surtout d’une approche pragmatique. Ainsi, il n’y a pas pour le moment de signes d’un basculement vers davantage d’inflation et il est sage de ne pas accorder trop d’importance à des projections économiques couvrant des périodes encore assez éloignées. Notons aussi sa prudence quand il s’est agi de commenter la politique économique de la Maison Blanche (politiques budgétaire et commerciale).

 Hervé Goulletquer, stratégiste pour la Banque Postale AM