Le marché continue de s’interroger sur la politique commerciale des Etats-Unis et les mesures de rétorsion qui pourraient être pris ailleurs dans le monde. Avec cette impression que c’est en fait toute la politique étrangère des Etats-Unis qui est en train de se durcir. John Bolton, dans le passé proche des néo-conservateurs, favorable à l’invasion de l’Irak et défenseur du concept de guerre préventive, ne vient-il pas d’être nommé conseiller à la sécurité nationale ?

Vendredi dernier, l’indice S&P 500 a reculé de plus de 2%, portant le repli sur la semaine à près de 6%. Tant est si bien que l’indice VIX, qui mesure la volatilité implicite de cet indice boursier, est passé d’une fin de semaine à l’autre de 15,8 à 24,9. Rappelons que le niveau moyen sur l’ensemble de 2017 ressortait à 11. Remarquons toutefois que les taux longs américains ne baissent pas beaucoup. Le rendement d’une obligation du Trésor à 10 ans est ce matin de 2,83%. Le 16 mars, soit juste avant le weekend précédent, il était de 2,84%. Les perspectives de politiques budgétaire et monétaire comme contrepoint aux mauvaises nouvelles du côté de la politique commerciale ? Notons aussi que si l’or monte (+2,8% entre le point bas du 20 mars et ce matin), le dollar ne bouge pas trop contre toutes devises (-0,8% entre la fin de séance du 16 mars et ce matin).

Des mesures de rétorsions pas si importantes


Essayons de comprendre le fond du dossier et commençons par la conclusion. Il ressort pour l’instant davantage une impression d’escarmouche que de guerre ouverte en matière de relations commerciales des Etats-Unis avec le reste du monde. Rappelons la décision prise jeudi dernier par la Maison Blanche d’exonérer provisoirement l’Union Européenne de l’alourdissement des taxes à l’importation d’acier et d’aluminium. Insistons surtout ce matin sur l’évolution de la communication vis-à-vis de la Chine. Les rumeurs entendues en première partie de semaine dernière faisaient état de quelque 50 à 60 milliards d’USD de taxes nouvelles sur les importations chinoises aux Etats-Unis. On parle aujourd’hui de 15 milliards. Il s’agirait en fait d’un renchérissement de 15 milliards sur une assiette de produits dont la valeur serait de 50 à 60 milliards.

Du côté chinois, si mesures de rétorsion il y a bien sûr, l’enveloppe concernée est assez modeste. Elle serait de 3 milliards d’USD. Et puis, on se parle entre officiels américains et chinois. Mnuchin, le secrétaire au Trésor et Lighthizer, en charge des négociations commerciales internationales, tous deux membres du Cabinet à la Maison Blanche, ont discuté au cours du weekend avec Liu He, qui a la « haute main » sur la politique économique de la Chine. La partie américaine a communiqué sur son espoir prudent d’arriver à un accord.

L’incertitude demeure

Evidemment, la crainte est que les choses s’enveniment. Et chacun de rechercher ce que la littérature économique raconte sur le sujet. Les modélisations macro-économétriques sur l’impact d’un relèvement généralisé des droits de douane ne manquent pas. Ainsi l’OCDE s’était interrogée en 2016 sur les conséquences d’une hausse de 10% de ceux-ci par la Chine, les Etats-Unis et l’Union Européenne (élargie à la Suisse et à la Norvège). Eh bien, croissance et commerce mondial reculeraient de respectivement 1,4% et 6%. Quant au PIB des 3 protagonistes, il serait écorné de 1,7% à 2,2%. Si on retient l’idée que l’ampleur du choc intervient sur plusieurs années, tout ceci paraît gérable. Mais attention aux implications microéconomiques et psychologiques de celui-ci : rupture dans la chaine des échanges internationaux (quid en cas de faillite d’une acteur-clé dans un secteur donné ?) et remise à plus tard de dépenses d’investissement.

On le voit, l’environnement de marché est plus caractérisé par l’incertitude que par un nouvel état brusquement moins favorable de l’économie mondiale. 4 conditions doivent être remplies afin que l’appétit pour le risque revienne dans la communauté des investisseurs :

• Une remontée en pente douce des salaires et des prix, aux Etats-Unis d’abord, mais ensuite en Zone Euro ;

• Le sentiment que la Fed n’accélérera pas, tout au moins pas de suite, le tempo de la remontée de son taux directeur ;

• Le ralentissement possible de la croissance économique mondiale doit être modéré, avec un momentum qui se maintient au-dessus du rythme potentiel ;

• Le sentiment que la « guerre commerciale n’aura pas lieu ».

Pour les 2 premières, cela devrait être bon ; pour la 3ème, cela devrait être le cas ; quant à la 4ème, on ne sait pas bien, même s’il est rationnel de considérer que la perspective devrait être évitée.

 Hervé Goulletquer, stratégiste pour la Banque Postale Asset Management