« Début mars, le Premier ministre chinois Li Keqiang a remis le Rapport de travail qui expose les objectifs économiques de son pays pour 2018. Si l’objectif de croissance du PIB, « aux alentours de 6,5 % », est le même que l’an dernier, le rapport indique un soutien de la politique budgétaire moindre avec l’abaissement de l’objectif de déficit budgétaire de 3 % en 2017 à 2,6 % en 2018. Il s’agit d’un signal important en termes d’orientation politique, mais il faut veiller à ne pas accorder trop d’importance à cette évolution. Le budget officiel n’est qu’une des composantes du soutien des politiques et la majeure partie des mesures de relance budgétaire intervient en réalité hors budget.

Néanmoins, l’évolution de l’objectif de déficit traduit une orientation politique qui se durcit depuis le début de l’année passée. Parmi les autres changements marquants figure l’omission des objectifs monétaires (M2) et de crédit (FST), leur première absence depuis 2009. Cette décision pourrait s’expliquer par le fait que les deux mesures sont devenues moins fiables ces dernières années et que l’ambition d’une progression « stable » des deux impliquerait des objectifs nettement inférieurs à ceux de l’année passée, une information embarrassante à communiquer. Enfin, un objectif de taux de chômage a été intégré pour la première fois.

Le challenge d’allier modération de la relance et maintien de la croissance

Une croissance de « qualité supérieure » et trois ambitions que sont la prévention des risques, la lutte contre la pauvreté et la diminution de la pollution ont été mises en avant sur une grande partie du Rapport de travail et devraient s’avérer être un thème majeur tout au long du Congrès national du peuple. Une question se pose toutefois : ces objectifs sont-ils compatibles avec un objectif de croissance de 6,5 % ? Dans un contexte de soutien des politiques moindre sous la forme d’un objectif de déficit budgétaire réduit et d’une croissance du crédit sans cesse plus faible, il sera difficile d’allier une modération de la relance et le maintien d’une croissance stable. Le manque de dynamisme des données récentes en atteste tout particulièrement : les volumes de la production industrielle (selon notre évaluation) ont reculé d’un plus haut de 6,9 % en glissement annuel au début de l’année passée à 2,3 % en glissement annuel en décembre. Les indices des directeurs d’achat affichent également une orientation à la baisse, en particulier dans les petites et moyennes entreprises, précisément là où le soutien des politiques est supposé être dirigé.

Sans la contribution importante des exportations nettes l’année dernière, notamment au dernier trimestre, la croissance reposerait sur des bases moins saines. Alors que l’économie semble ralentir dans des conditions de durcissement des politiques et les politiques étant vouées à se resserrer davantage, nous surveillerons de près les exportations en quête de signes de mauvaises surprises du côté de la croissance. L’année dernière, les exportations et les technologies de l’information sont venues à la rescousse, mais les échanges s’avèrent plus difficiles cette année. »

 Alex Wolf, économiste senior marchés émergents chez Aberdeen Standard Investments
 

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