Vendredi-soir, l’indice S&P 500 de la bourse de New York a clôturé en baisse de 2,2% ; ce matin le future sur le même indice est en hausse de 0,6%.

Vendredi en soirée (heure européenne), le Président Trump a déclaré qu’il était préparé à accepter de souffrir un peu pour obtenir un meilleur accord avec la Chine. Dimanche, il a affirmé qu’une réciprocité en matière de taxes à l’importation allait être obtenue et qu’un accord serait atteint en matière de propriété intellectuelle. Et le locataire de la Maison Blanche d’ajouter que Le Président Xi et lui seraient toujours de bons amis. Ces propos dominicaux, ouvrant des perspectives constructives, ont été tenus sur fond de communication, par des membres du cabinet américain, visant manifestement à faire reculer la tension bilatérale.

Comment ne pas remarquer que les relations sino-américaines sont actuellement l’alpha et l’oméga des mouvements de marché ? En observant aussi que depuis la première décade de mars, c’est-à-dire depuis que la Chine est plus clairement dans le « viseur » de la politique commerciale américaine, la bourse américaine sous-performe les autres grandes places financières.

Dans ces conditions, il va falloir continuer à suivre les développements sur le front des relations sino-américaines. Pour l’investisseur, la tâche n’est pas facile. Du côté de la politique commerciale, des discussions ont-elles commencé ? On ne sait pas bien. Mais on aura noté ces propos chinois non-officiels, selon lesquels il n’est pas question de négocier sous la contrainte. Bref, la « fameuse » méthode Trump consistant à « mettre la pression » avant de discuter ne marcherait pas dans le cas d’espèce. Peut-être que le Président Xi, qui doit s’exprimer demain dans le cadre du forum de Bo’ao, le Davos asiatique, en dira plus. Le thème de sa présentation est le 40ème anniversaire des politiques de réforme et d’ouverture enclenchées par Den Xiaoping. Comment concilier la poursuite du rattrapage économique de la Chine, sur fond de doctrine politique intérieure faisant la part belle au centralisme et au nationalisme, avec un meilleur alignement sur les standards qui prévalent pour les grandes économies autour de la planète ?



En sachant bien sûr que les relations sino-américaines ne sont pas qu’affaire de commerce. Dans une perspective élargie de politique étrangère, le dossier de la Corée du Nord, la crispation autour de Taïwan depuis la signature le 16 mars dernier par le Président Trump du Taiwan Travel Act (facilitant la visite d’officiels américains dans l’« île rebelle ») et l’éventuelle sortie des Etats-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien sont autant d’éléments à prendre en compte. Il est assez probable qu’une concession sur un sujet permettra de faire « avancer ses pions » sur un autre. En ne perdant cependant pas de vue la nécessaire cohérence de la vision d’ensemble. Ainsi pour les Américains, comment sortir de l’accord sur l’Iran et paraître crédible dans les négociations à venir avec la Corée du Nord ? Tout cela pour dire que le marché se focalise sur un problème « à tiroirs », dans lequel la visibilité est particulièrement faible et pour lequel les enjeux économiques ne sont qu’une dimension.

Cela ne doit pas nous empêcher de parler d’économie ! Pour remarquer d’abord, et ce n’est peut-être pas tout à fait un hasard, que la Chine paraît régler de façon un peu plus expansionniste sa politique économique : annonce de la baisse de la TVA, augmentation des dépenses des administrations et maintenant détente, au moins apparente, de la politique monétaire (Cf. graphique ci-dessous). En la matière les Chinois veulent sans doute assurer un niveau acceptable de croissance économique, dans un environnement international devenant plus compliqué. Comment ne pas se dire alors que les Américains, à la manœuvre en termes de politique commerciale, ont décidé de relancer d’abord la réforme fiscale et la relance budgétaire avant de prendre un risque avec les relations économiques internationales ?

Poussons ce parallèle entre les politiques économiques chinoises et américaines un pas plus loin. Si les incertitudes internationales sont là pour durer, comment ne pas se dire que cela impactera aussi le réglage monétaire de la Fed ?

   Hervé Goulletquer, stratégiste chez La Banque Postale Asset Management 

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