Ne règne-t-il pas une humeur printanière agréable sur les marchés depuis quelques jours ? L’anticyclone est bien sûr centré sur les Etats-Unis. Du vendredi de la semaine dernière à la séance d’hier, l’indice S&P 500 de la bourse de New York a progressé de 2,3%, sachant que cette bonne orientation a été suivie « comme son ombre » par le profil haussier des taux longs américains. De quoi caractériser le retour à une ambiance risk-on sur les marchés ?

Sans doute ne faut-il pas aller trop vite en besogne. Mais la communauté financière est assurément sensible à cette double impression que les « bruits de botte » au Moyen-Orient s’éloignent et que les tensions commerciales diminuent. Entrons un peu dans le détail et essayons de donner du sens à ce qui se passe.

Une attaque de missiles américains sur des cibles syriennes, qui apparaissait comme devant intervenir de façon imminente en milieu de semaine, semble moins certaine. Le prix du pétrole brut, à défaut de vraiment se détendre, devient à la fois plus volatil et sans tendance. Ce sont évidemment les déclarations plus balancées qu’auparavant du Président Trump sur le sujet qui sont à l’origine de cette ambiance qui semble s’améliorer. Dans la même veine, il est sans doute encore plus important de noter les propos de Mike Pompeo, secrétaire d’Etat désigné par le Président, au cours de son audition de confirmation devant le Sénat. Ne s’est-il pas prononcé en faveur de la diplomatie par rapport aux actions militaires et ne s’engage-t-il pas à trouver tous les remèdes possibles pour sauver l’accord sur le nucléaire iranien, même s’il est qualifié au passage de « très faible » ? De façon certes manquant un peu de précision, le très « faucon » nouveau Conseiller à la sécurité nationale, John Bolton, a de plus apporté son soutien à Mike Pompeo au sortir de l’audition. On a envie de comprendre que le soutien va, certes à l’homme, mais aussi à ses propos.

En matière de politique commerciale, trois points, tous positifs, sont à noter. D’abord, le Président Trump réitère son optimisme quant à la capacité de la Chine et des Etats-Unis d’aboutir à une conclusion satisfaisante de part et d’autre en matière de relations commerciales. Ensuite, il aspire à un nouvel Accord de Libre-Echange Nord-Américain équilibré et durable. Enfin, il demande aux membres de son cabinet de rouvrir le dossier de la participation des Etats-Unis dans le Partenariat Trans-Pacifique.

Quelle bonne fée s’est-elle penchée sur le bureau ovale de la Maison Blanche ? On ne sait pas et on n’est même pas capable de dire si les heureuses inflexions qu’on perçoit sont durables. Proposons toutefois une piste ; celle de la nécessaire cohérence de la politique économique américaine. On le rappelait l’autre jour, même si le marché ne l’a peut-être pas assez noté, la perspective est à un déficit budgétaire fédéral de 4 à 5 points de PIB à l’horizon des dix prochaines années. Cela fait tout de même beaucoup et surtout cela oblige. La première obligation consistant à le financer. Comment faire ?

Il y a trois options : plus d’achats par le secteur financier américain, plus d’achats par le secteur privé non financier américain et plus d’achats par le reste du monde. La Fed et les banques commerciales vont-elles avoir une fringale de titres d’Etat ? La première réduit la taille de son bilan et les secondes ont sans doute des opérations plus rentables à engager. Peut-on imaginer plus d’épargne et moins d’investissement de la part des ménages et des entreprises, avec qui plus est une vraie préférence pour les T-Bonds ? Ce n’est pas certain. Il reste alors à attirer le chaland étranger. Dans ce cas, il est conseillé de ne pas mener une politique étrangère en forme de repoussoir. Au moins peut-on l’espérer !


--> Hervé Goulletquer, stratégiste au sein de La Banque Postale Asset Management