Certains changements du texte de mars à celui de mai vont de soi et n’appellent pas vraiment de commentaires.

• Du côté des ajouts : modération des dépenses de consommation par rapport au quatrième trimestre et accélération de celles d’investissement productif.
• Du côté des retraits : la croissance a accéléré sur la période récente et l’inflation mesurée sur 12 mois devrait se rapprocher puis se stabiliser autour de l’objectif de 2%.

Les changements à discuter sont assurément les suivants :

• du côté des ajouts : l’inflation devrait évoluer autour de l’objectif symétrique de 2% ;
• du côté des retraits : le comité suit de près les évolutions de l’inflation.

L’interprétation dove (la Fed n’a pas de raisons d’accélérer le rythme de remontée de son taux directeur) va insister sur deux choses. D’abord, le rappel de la symétrie de l’objectif d’inflation. Une inflation un peu au-delà de 2% l’an n’appelle pas de réactions particulières. Ensuite, s’il n’est plus nécessaire d’appliquer un suivi serré de l’inflation, maintenant qu’elle s’est « normalisée », on doit comprendre que les membres du comité de politique monétaire ne craignent pas de surprises particulières à venir au cours de prochains mois et trimestres. Cet avis serait unanime ; le communiqué n’a-t-il pas été signé par tous les membres-votants du comité ?

L’interprétation plus hawk (la Fed reverra à la hausse son objectif de 3 relèvements de 25pdb du taux directeur cette année) implique une lecture différente du retrait de la phrase sur la nécessité de suivre de près les développements à venir sur le front de l’inflation. Celle-ci a été retirée, car l’inflation est revenue sur la cible. Mais il ne s’agit que d’une étape transitoire. Assez vite, alors même que la croissance économique est supérieure à son potentiel et que le marché du travail est tendu, la Fed devra se soucier du risque d’augmentation des pressions inflationnistes.

Le débat des prochaines semaines, en attendant le verdict qui devrait être rendu lors du comité de politique monétaire du 13 juin, va être entre ces deux interprétations. Je dirai que la première semble plus directe et moins « spéculative ».

  Hervé Goulletquer,  stratégiste au sein de La Banque Postale Asset Management