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La complainte des patrons pour une France industrielle

La complainte des patrons pour une France industrielle

(Easybourse.com) Le gouvernement veut donner une nouvelle impulsion à l'industrie française dont le déclin s'est accéléré avec la crise. Les patrons ont leur petite idée sur les causes du mal.

La France industrielle ! Une partie du programme d’histoire du Second Empire, ou un sujet brûlant plus que jamais d’actualité ? C’est à la seconde réponse qu’ont voulu croire les intervenants, visiblement ravis que le sujet soit revenu au cœur des préoccupations gouvernementales. Un colloque a ainsi été organisé par le ministère de l’Industrie sous l’impulsion du livre de Serge Blanchard «Notre avenir dépend d’eux». Un aréopage de PDG était au rendez-vous pour parler de cette France qui selon eux n’a pas su relever le défi de l’industrialisation au contraire de l’Allemagne qui a su rester un acteur majeur au niveau mondial. Les chiffres sont éloquents : la part du secteur industriel dans le PIB allemand est passée de 22,5% à 24% entre 1995 et 2007, tandis qu’elle est passée de 16,5% à 12,2% en France, d’après l’INSEE.

Certes, les patrons sont soumis à des clivages quant à la place de l’Etat dans l’économie, mais ils sont parvenus à trouver plusieurs dénominateurs communs dans l’analyse de la situation de l’industrie en France : manque d’investissements en R&D, dévalorisation des filières industrielles, cadre

En France, il faut aller voir le ministre et chercher des passe-droits pour se développer

juridique inadéquat. Pour l’ambassadeur de l’industrie, Yvon Jacob, la part de la France dans les exportations européennes a baissé de 30% en dix ans. Il faut bien avouer que la crise économique n’a fait que creuser ce déficit d’investissement.

Sortir du "carcan"

Ce qui pouvait être retenu en filigrane de cette conférence c’est le grief fait à la France de ne pas suffisamment valoriser ses ressources humaines. Entre formation insuffisante et perte de compétitivité, certains patrons n’ont pu s’empêcher de remettre les 35h sur la table des débats. «Nous avons perdu 10% de compétitivité avec les 35h», explique Jean-Pierre Sounillac, DRH de Faurecia et partisan d’un dialogue social plus fort. Il faut ajouter à cela les salaires et charges sociales jugées «excessives». Selon l’INSEE, les coûts salariaux ont pourtant baissé de 2 à 3% en France entre 2000 et 2007, mais la baisse a été supérieure à 10% en Allemagne. Mais pour Loïc de Gramond, PDG de Saverglass, une PME de verrerie, la problématique française tient moins au coût du travail qui n’intervient que pour seulement 20% du coût final d’après lui, qu’au «carcan réglementaire» qui freine les investissements en France. «J’ai dû jouer de mes relations et faire intervenir le préfet pour sauver 200 emplois et investir 75 millions d’euros dans une usine près du Havre. En France, il faut aller voir le ministre et chercher des passe-droits pour se développer là où en

Airbus a décidé de remotoriser son A320 au lieu d’imaginer directement la génération suivante

Corée il faudrait deux fois moins de temps», a-t-il regretté. De son côté, Frédéric Lemoine, président de Wendel, a dénoncé un pays «qui ne se réforme pas assez, mais où les règles changent tout le temps».

L'innovation, seul salut pour la compétitivité

Les patrons ont toutefois reconnu que le succès de l’Allemagne ne se limitait pas seulement à la maitrise des coûts du travail. «Ce que les Allemands n’ont jamais oublié, c’est que l’innovation permet de rester compétitif» tranche Pierre Gattaz, président de la Fédération des industries électriques et de communication (FIEEC). Serge Blanchard juge les entreprises françaises encore trop passives face à la montée en puissance des pays émergents en matière d’innovation. «Le cas de l’A320 est éloquent. Face au C919 chinois, Airbus a décidé de remotoriser son A320 au lieu d’imaginer directement la génération suivante», explique Serge Blanchard. «STMicroelectronics est resté un des plus grands fabricants de semi-conducteurs, là où Motorola et d’autres ont abandonné, grâce à son campus de recherche à Crolles, près de Grenoble», a-t-il ajouté. Conjugué à une main d’œuvre en voie de déclin, et à une réglementation étouffante, les patrons s’inquiètent de la désagrégation du tissu de PME. Serge Blanchard déplore les difficultés pour une PME à se développer et à passer au statut d’ETI (entreprise à taille intermédiaire). Là encore, la comparaison avec l’Allemagne a fait jaser les patrons français.

D’anecdotes en anecdotes, ces patrons ont décrit une France hostile au développement industriel, étouffé par la bureaucratie ou handicapée par une main d’œuvre qui perd en compétitivité. Quel dommage que le ministre de l’Industrie, Eric Besson, se soit décommandé à la dernière minute pour recevoir ces doléances!
Nabil Bourassi

Publié le 20 Décembre 2010