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France industrielle : le système éducatif en question

France industrielle : le système éducatif en question

(Easybourse.com) La France manque de techniciens, de main d'oeuvre qualifiée. Pour les patrons, c'est une des raisons du déclin industriel du pays. A l'instar du rapport PISA qui a pointé les insuffisances du système scolaire français, un autre rapport de l'OCDE montre que la France ne s'occupe plus des masses, tout en préservant des filières d'excellence.

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Quelle est la place de l’enseignement technique dans le système éducatif français ? Dévalorisée, défaillante, inadéquate… A l'occasion du colloque "La France industrielle" organisée par le ministère de l'Industrie, les patrons français ont longuement évoqué un système qui ne s’occupe plus assez de former des techniciens et des «CAP tourneurs», où les méandres de l’orientation scolaire égarent les jeunes vers des «voies garages». Anne Sonnet, de l’OCDE, reconnaît que la France n’en fait pas assez pour les jeunes. «Il y

Le système éducatif français ne parvient pas former les masses

a un mauvais ajustement entre la formation initiale et les besoins des entreprises», explique-t-elle à la lumière du rapport auquel elle a contribué et intitulé «Des débuts qui comptent ! Des emplois pour les jeunes». «Les filières techniques sont dévalorisées, et en classe de 3è, les orientations vers ces filières sont des choix par défaut» ajoute-t-elle. Et pourtant, les professions dites techniques sont une véritable valeur ajoutée pour notre appareil industriel.

L'apprentissage, filière d'avenir de l'industrie française

Jean-Paul Herteman, PDG de Safran, a insisté pour parler de cette jeune PME fondée et dirigée par un homme doté d’un CAP mais doué d’un «extraordinaire savoir-faire» et qui a pu embaucher près de 700 personnes. «Son entreprise est la seule au monde à savoir fabriquer une hélice en titane», a-t il fait valoir. Pour les chefs d’entreprises, la France manque de techniciens et ses ingénieurs fuient vers le monde de la finance. «Les enfants doivent visiter des usines, il faut les intéresser, les intriguer», propose Frédéric Lemoine, patron de Wendel. Bernard Chambon qui dirige Rhodia Chimie, partage cette opinion et estime que «quand elle est formée, la main d’œuvre française est de bonne qualité, jeune et productive».

Ce ne sont pas les patrons dans leurs bureaux qui font l’industrie, mais les ouvriers dans les usines


Les chefs d’entreprises désespèrent de voir les filières industrielles revalorisées dans le système éducatif. «Les élèves mauvais en français, et mauvais en math, sont punis dans les voies dites technos» déplore un PDG. Pour Anne Sonnet, les BTS et les IUT sont des voies d’excellence mais qui sont devenues très sélectives. Or, de nombreux bacheliers généraux se rabattent sur ces filières si bien que le gouvernement a imposé des quotas de Bac techno. «De nombreux jeunes sont alors exclus de ces voies, et le système éducatif ne parvient pas former les masses», renchérit Anne Sonnet. Autant dire que chaque année, notre système lâche des milliers de jeunes avec des formations inadaptées, insuffisantes, et surtout par défaut. Cette dernière problématique n’est pas neutre dans l’implication dans le travail et donc dans la productivité.

Martine Durand, chef statisticien
à l'OCDE: "la crise a généré un chômage de masse"


Les adultes sont égalements exclus des voies de formation

«Ce ne sont pas les patrons dans leurs bureaux qui font l’industrie, ce sont les ouvriers dans les usines. Il faut refaire un enseignement technique, il n’y a pas assez de CAP tourneurs et trop d’intellos de l’industrie», a tranché de sa voix de tribun Jean-François Dehecq. Mais, l’économiste de l’OCDE insiste sur le rôle des entreprises qui ne s’impliquent pas assez dans les filières d’apprentissage qu’elles financent pourtant.

Autre point de friction, la formation des actifs qui permet de tenir la main d’œuvre à la pointe, et d’améliorer leur productivité. «La formation continue se dirige vers les populations les plus qualifiées, et laisse en marge, celles qui en ont le plus besoin», relève Bernard Chambon. Anne Sonnet admet cette défaillance de la formation continue. Elle ajoute que la culture du diplôme et de l’élitisme à la française annule les effets de la formation continue. «Les cursus de validation des acquis de l’expérience sont longs et compliqués et servent surtout en promotion interne» explique-t-elle. Et pourtant, le très libéral patron d’Essilor Xavier Fontanet veut le reconnaître : «les Français ont du talent : ils sont créatifs à la différence des Allemands, tout étant doués d’une certaine logique».

Nabil Bourassi

Publié le 20 Décembre 2010