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2012 ou le « printemps des actionnaires » ?

2012 ou le « printemps des actionnaires » ?

(Easybourse.com) Au cours des derniers mois, les actionnaires de grandes sociétés cotées ont haussé le ton face à des dirigeants qu'ils jugeaient trop payés, et qu'ils ont parfois poussé à la démission. Surnommé le « printemps des actionnaires », cette grogne pourrait déboucher sur un rééquilibrage des pouvoirs au sein des entreprises.

Et si quelque chose avait changé au cours du printemps 2012 dans les relations entre les sociétés cotées et leurs actionnaires ? Mécontents de voir leurs dirigeants toucher des salaires astronomiques alors que les dividendes, eux, sont orientés à la baisse, les actionnaires de grandes entreprises comme Citigroup, Barclays, Credit Suisse ou encore Aviva n’ont pas hésité à voter contre les programmes de rémunérations desdits dirigeants. Ces votes ont notamment conduit au départ du directeur général d’Aviva, Andrew Moss, et plus récemment à celui de Bob Diamond, le DG de Barclays, par ailleurs empêtré dans le scandale du taux Libor.

Dans d’autres secteurs, les mêmes causes ont produit les mêmes effets, avec les départs plus ou moins anticipés du patron du laboratoire pharmaceutique AstraZeneca, David Brennan, ainsi que de la directrice du groupe de média Trinity Mirror, Sly Bailey. Les médias britanniques ont surnommé ce phénomène le « Printemps des actionnaires », en référence au Printemps arabe du début 2011.

Pas de révolte en France

En France, quelques assemblées générales se sont avérées plus difficiles que prévu pour les dirigeants. Les actionnaires d’Air France-KLM ont ainsi rejeté à une large majorité l’indemnité de non-concurrence accordée à l’ex directeur général, Pierre-Henri Gourgeon, tandis que ceux de Safran ont refusé un parachute doré et une retraite-chapeau au PDG, Jean-Paul Herteman. Mais «il n’y a pas eu de printemps des actionnaires dans notre pays», tempère Bénédicte Hautefort, associée chez Euro RSCG C&O. Sur un total de 1559 résolutions présentées lors des assemblées générales du SBF 120, 88% ont été adoptées à une très large majorité (>85% des votes), soit plus qu’en 2011.

Cependant, le cas d’Air France-KLM a mis en lumière l’absence de réel pouvoir des actionnaires en matière de rémunération. En effet, en dépit du vote négatif de l’assemblée générale, la prime versée à M. Gourgeon n’a pas été remboursée. Aucun dirigeant ou membre du conseil d’administration n’a été inquiété. 

Le 'Say on Pay' en débat

La France n’applique pas encore le principe du « say on pay », selon lequel l’assemblée générale des actionnaires vote systématiquement sur l’ensemble des rémunérations accordées aux dirigeants d’une entreprise et peut, selon les cas, amener le conseil d’administration à revoir sa copie. Les associations de défense des actionnaires dénoncent le manque de transparence des entreprises françaises, où seules les « conventions réglementées » sont soumises au vote, qui plus est consultatif. Ces conventions recouvrent notamment les indemnités de non concurrence, les retraites-chapeau et autres « parachutes dorés » mais peuvent passer sous silence certains éléments clés de la rémunération comme les conditions d’attribution des bonus.

Nous voulons rénover la gouvernance des entreprises (Moscovici)



C’est d’ailleurs l’attribution d’un bonus « différé » de 16 millions d’euros à Maurice Lévy, le patron de Publicis, qui a relancé le débat en France sur la limitation du salaire des patrons, en pleine campagne présidentielle. 

Ce débat reste plus que jamais d’actualité. Un projet de loi devrait être présenté d’ici la fin de l’année afin d’encadrer les rémunérations du secteur privé, qui pourrait déboucher sur l’adoption du « say on pay ». « Nous voulons rénover la gouvernance des entreprises pour un vrai contrôle sur les rémunérations en assemblées générales », a ainsi promis le ministre de l’économie Pierre Moscovici.

Vers un nouveau cadre? 

« Le fait que le Royaume-Uni, qui donne souvent le la en la matière, ait décidé de rendre le vote des actionnaires obligatoire et liant pour le conseil d’administration et d’inscrire le principe dans la loi indique clairement la direction dans laquelle nous allons », commente Daniel Lebègue, le président de l’institut français des administrateurs. « Force est toutefois de constater que ce dispositif, là où il est déjà appliqué, n’a pas conduit, sauf dans quelques cas exceptionnels, à prévenir les excès ni à modérer l’évolution des dites rémunérations ».

L’IFA plaide par conséquent pour des mesures complémentaires afin d’améliorer les relations entre les entreprises et leurs actionnaires. Et ce, d’autant plus que la rémunération des dirigeants n’est pas le seul sujet de préoccupation des investisseurs. Parmi les questions entendues lors des dernières assemblées générales du SBF 120, beaucoup portaient sur l’évolution du cours de bourse et du dividende mais aussi sur le désendettement ou les « relocalisations ». Autant de thèmes qui mériteraient des échanges plus approfondis.
 
François Schott

Publié le 04 Juillet 2012