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France : les dopants identifiés pour avoir plus de champions nationaux (1/2)

France : les dopants identifiés pour avoir plus de champions nationaux (1/2)

(Easybourse.com) Selon une récente étude menée par l'Essec en partenariat avec la société GE Capital, les entreprises de taille intermédiaire constituent en France un vivier de croissance considérable. Augmenter leur nombre et améliorer leur développement constitue donc un enjeu majeur, en témoigne le rapport Gallois sur la compétitivité de l'industrie française remis au premier ministre Jean-Marc Ayrault le 5 novembre dernier. A l'occasion d'une table ronde, des experts industriels de renom se sont exprimés sur la manière de relever les défis qui existent pour y parvenir.

La France compte 36 300 entreprises de taille intermédiaire ou ETI (ayant un chiffre d’affaires compris entre 10 millions et 500 millions d’euros). Celles-ci représentent donc moins de 2% de l’ensemble des entreprises sur le territoire. Pourtant, elles génèrent un tiers de l’activité française, contribuent à hauteur d’un tiers du PIB (246 milliards d’euros) et comptabilisent un tiers des effectifs du pays (6,5 millions de personnes).

En plus d’être performantes, ces entreprises affichent une résilience certaine. Alors que les grandes entreprises ont licencié environ 500 000 salariés entre 2007-2010, les ETI ont une contribution nette positive de 58 000 emplois. Ces nouveaux postes correspondent à un surplus de 2,2 milliards d’euros en termes de PIB. A l’heure actuelle, 70% de ces entreprises connaissent une dynamique positive.

La multiplication et le développement de ces ETI est un enjeu majeur pour la politique économique menée par le gouvernement.
Dernièrement des avancées allant dans le bon sens ont été observées. «Le gouvernement s’efforce de véritablement réintégrer le monde entrepreneurial dans la croissance» note Alexandre Saubot, président d’Haulotte, une société spécialisée dans la sécurité des biens d'équipements, réalisant un chiffre d'affaires de plus de 200 millions d’euros. «Le gouvernement avance dans la bonne direction à la fois pour faire fléchir l’épargne vers l’appareil productif, pour stabiliser l’environnement fiscal, pour régler les délais de paiement des donneurs d'ordres à l’origine de la disparition d’une entreprise sur quatre» confirme Olivier Duha, président de Croissance Plus.
Cependant, un long chemin reste à parcourir. «L’écart dans le taux de marge bénéficiaire entre les entreprises allemandes et les entreprises françaises est trop conséquent. D’un côté nous sommes sur un niveau de plus de 40%, de l’autre sur un niveau d’un peu plus de 20%» souligne Alexandre Saubot.

Les efforts doivent être concomitamment effectués dans plusieurs directions : au niveau de l’aide au financement, de la réglementation, des ressources humaines, du regroupement des entreprises, et de l’image des dirigeants.

L’aide au financement

L’étude de l’Essec révèle, sans surprise, que de nombreuses entreprises rencontrent des problèmes de financement qui les empêchent d’investir dans des projets de croissance ou d’innovation. «Le problème de financement est le sujet majeur pour la relance de l'économie en France. 92% du financement des ETI provient du crédit bancaire, 5%-6% du private equity, et 1% seulement du marché boursier. Compte tenu de la pression qui pèse sur les banques nous sommes face à un enjeu majeur. Si nous n’agissons pas pour aider les ETI à se refinancer, nous serons confrontés à un problème qui dépasse largement le tissu entrepreneurial français » met en garde Dominique Cerutti, directeur général de Nyse Euronext.
«Lorsque nous avons créé notre boîte en 2000, nous avons réussi à lever 5 millions d'euros en 15 jours, et 10 millions d'euros 6 mois plus tard. Cela nous a donné une puissance de feu considérable mais cela n’est plus possible à présent » déplore Olivier Duha.

En cela, les aides publiques doivent être améliorées sur le plan qualitatif et quantitatif et le soutien privé intensifié.
«Il y a une réelle volonté d'aider les entreprises à innover. Oseo et d'autres financements des collectivités locales nous ont été très utiles dans la phase de démarrage. En cela, les politiques publiques de soutien sont très sincères mais ces politiques sont davantage dans une logique d’assistance. Il faudrait aller vers la prescription, tirer les entreprises en passant des commandes» témoigne Bertin Nahum, président MedTech (une société spécialisée dans la robotique chirurgicale), nommé récemment quatrième meilleur entrepreneur high tech le plus révolutionnaire dans le monde par un magazine canadien, derrière Steve Jobs, Mark Zuckerberg et James Cameron.

Alexandre Saubot regrette quant à lui, le manque de clarté dans le champ d’application de ces crédits. «Il s’avère à certains égards particulièrement difficile de déterminer ce à quoi on a droit. Parfois, on ne s’en aperçoit qu’après que l’administrateur du fisc soit venu pour réclamer ce qui  dont nous n'avions pas droit».

Au-delà du financement public, le financement privé des ETI doit être amélioré, en particulier sur les marchés financiers. «Les entreprises de taille intermédiaire ont une culture du capital mince. Un effort d'éducation et de discussion doit être fait avec les chefs de ces entreprises pour leur expliquer qu’à côté des inconvénients il y a des avantages à aller sur les marchés. Il faut aussi rendre l'offre plus attractive et plus adaptée» explique Dominique Cerutti.
C’est là tout l’objet de la nouvelle bourse dédiée aux petites et moyennes entreprises qui est à l’étude. Cette bourse sera pilotée par une entreprise détachée de NYSE Euronext. Elle aura pour mission de travailler très en amont sur la pédagogie, l’accompagnement avant l’introduction en bourse, pendant l’introduction et après l’introduction. «Notre objectif affiché est de tripler le nombre d’IPO de ces trois dernières années et donc les capitaux levés. C’est très ambitieux mais on y travaille d’arrache pied» assure le directeur général de Nyse Euronext .
Aux cotés des nouvelles infrastructures, le gouvernement devra agir davantage pour drainer l’épargne des Français vers ces ETI. «On ne peut pas imaginer donner un rôle plus important aux marchés financiers, à la hauteur de ce qui se passe dans les pays anglo saxons, s'il n y a pas d'investisseurs, quelque soient les nouvelles infrastructures mises en place» poursuit Dominique Cerutti.

Assouplir la réglementation

La simplification de la réglementation est destinée à alléger le coût des entreprises. Celle-ci est surtout revendiquée sur le marché du travail. Le dispositif du crédit d’impôt envisagé par le gouvernement pour réduire le cout du travail est insuffisant pour donner la bouffée d’oxygène nécessaire aux ETI. «Il est insuffisant de par sa forme-les petits patrons vont devoir attendre leur chèque en 2014 avant de prendre des mesures- de par son étalement dans le temps-trois ans- et de par son enveloppe (20 milliards d’euros)» note Olivier Duha.

Or une baisse du cout du travail plus prononcée est indispensable. «C’est une question de survie pour certaines structures, c’est un moyen de baisser le prix des produits et de redevenir plus compétitives pour d’autres, c’est enfin une manière d’améliorer la marge bénéficiaire et de retrouver une plus forte capacité d’investissement dans l’innovation pour d’autres encore».

Pour agir dans ce sens, la rigidité du marché du travail est un point inévitablement à améliorer. Cette rigidité réglementaire conduit à l’immobilisme atteste Dominique Cerutti.
Les améliorations doivent notamment concerner la procédure de licenciement et le temps de travail. «Après avoir déposé le bilan, s’est ouverte une période d’observation durant laquelle j’ai du demander l’autorisation de licencier deux salariés qui avaient voté leur licenciement au préalable. J’ai dû attendre cinq mois pour obtenir cette autorisation. Entre temps, j’ai dû payer les salaires de ma poche, soit 18 000 euros au total, alors que j’étais au bord de la faillite» témoigne Nicolas Doucerain, président de Solic.

«Agir sur le temps de travail et revenir sur les 35h est capital pour retrouver une compétitivité digne de ce nom. Selon un récent sondage, 75% des Français ne verraient pas d’un mauvais œil la réouverture de ce dossier. Cela traduit le fait que c’est vraie préoccupation » commente le président de Croissance Plus. «Dans les discussions qui ont lieu entre le ministre Michel Sapin et les partenaires sociaux, il est question de faire évoluer le temps de travail. Il n’est pas exclu d’espérer que nous aboutissions à un paysage qui ressemble davantage à celui des pays du nord» rassure alors Clara Gaymard, présidente de GE France.

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Imen Hazgui

Publié le 20 Novembre 2012