Espace France - News, articles, interviews et dossiers

Plus 20% depuis janvier, qu'attendre du Cac 40 pour le reste de cette année 2015 ?

Plus 20% depuis janvier, qu'attendre du Cac 40 pour le reste de cette année 2015 ?

(Easybourse.com) Le Cac 40 a enregistré une performance de plus de 20% à l'issue du premier trimestre de l'année. Pour beaucoup le niveau enregistré présentement, de 5155,67 points, correspond peu ou prou à celui qui était attendu pour fin décembre. Comment expliquer ce mouvement particulièrement spectaculaire ? Qu'attendre de l'indice pour les prochains trimestres à venir ? C'est ce que nous avons souhaité savoir en interrogeant plusieurs experts du marché des actions françaises. Eléments de réponse.

Interview de Daniel  Tondu

Interview

Daniel Tondu

Président directeur général

Gestion 21

Interview de Vincent Durel

Interview

Vincent Durel

Gérant actions françaises

Fidelity Worldwide Investment

La hausse du Cac 40 bien qu’attendu dans son ampleur a été surprenante par sa rapidité. «Nous étions très positifs sur les actions françaises, comme sur les actions européennes, en début d’année. Nous ne pensions cependant pas que la hausse serait si rapide » concède Christian Jimenez, président de Diamant Bleu Gestion.
« Nous avons d’ores et déjà atteint le niveau que nous avions anticipé en novembre 2014 pour la fin de l’année 2015 » admet Romain Boscher, responsable de la gestion actions chez Amundi.

Brève explication

L’anticipation puis le déclenchement du programme de quantitative easing de la BCE ont clairement alimenté le mouvement haussier. « Les marchés ont été bien plus dirigés par les taux d’intérêt extrêmement bas que par les profits des entreprises » déclare Romain Boscher.

« Les flux entrants ont surtout émané des investisseurs américains. Ces derniers ont pu percevoir l’impact que pouvait avoir un programme de quantitative easing massif sur le marché boursier d’un pays. Ils ont ainsi été vivement incités à s’exposer aux grands marchés boursiers de la zone euro à un moment où les actions américaines étaient au plus haut et où la forte appréciation du dollar permettait l’achat de titres libellés en euro à moindre cout » éclaire Louis Bert, président de Dorval Finance.

L’affermissement de la reprise économique a, qui plus est, contribué à renforcer le sentiment de confiance des investisseurs.

Une petite pause s’impose

« Il serait sain de marquer une pause », reconnait Romain Boscher. « Entre octobre 2014 et le pic atteint en avril, la performance haussière avoisine les 40% » remarque Alexandre Baradez, responsable de l'analyse marché chez IG.
Pour ce dernier, indubitablement, nous devrions entrer dans une zone de turbulences à court terme.

« Nous faisons face en l’occurrence à un de ces épisodes, du fait notamment du dossier grec » relève Christian Jimenez. Les dernières séances sur la place de Paris, comme sur les autres places européennes, se sont caractérisées par une notable baisse. Sur les sept derniers jours, l’indice phare de la place parisienne est en repli de 1,50%.

« Nous pourrions abandonner entre 10% et 15% sur quelques mois. Le Cac 40 pourrait retomber à 4700-4800 points » présage Alexandre Baradez. Une variation qui ne fait pas l’unanimité chez les intervenants du dossier même si pour la plupart un essoufflement temporaire de la tendance haussière est également prévu.

Une plausible poursuite du rallye jusqu’à 6000 points

Au-delà de cette correction, de l’avis de l’ensemble des parties prenantes au dossier, les considérations fondamentales restent porteuses pour une poursuite du rallye cette année.

Le marché n’est présentement ni sous payé, ni surpayé.
L'accroissement des profits a vocation à prendre le dessus pour nourrir la poursuite du rebond. « Une progression de 15% telle que l’admet le consensus me parait tout à fait atteignable » indique Christian Jimenez.
Romain Boscher, Louis Bert et Daniel Tondu, président de Gestion 21 anticipent davantage. « Les bénéfices pourraient monter de 20% » augure Louis Bert. On admet que la dépréciation de l’euro devrait contribuer à une amélioration des profits de 8% à 10% dans l’Hexagone. Le fléchissement des taux d’intérêt qui devrait se diffuser au gré des refinancements obligataires devrait apporter 2% de profits additionnels» spécifie Romain Boscher.

Au-delà de l’appui apporté par la hausse des profits, une expansion des multiples supplémentaire est conçue sur fond du quantitative easing de la BCE, de la multiplication d’opérations de fusion-acquisition ou encore d’opérations de rachat d’actions.

« Nous pourrions avoir un rallye sur l’ensemble de l’année qui avoisine les 40%. Le Cac 40 pourrait s’établir à 6000 points, contre 4273 points fin 2014 » soutient Christian Jimenez. « Entre le creux du 9 mars et le pic de l’automne 2009, les actions françaises avaient monté de plus de 60% » note ce dernier.
« Si l’on considère un taux d’actualisation proche de 3%, le Cac pourrait effectivement encore monter de 20% additionnels » corrobore Daniel Tondu.

« Même si ce n’est pas parce que le marché a gagné 20% qu’il est destiné à récupérer 20% de plus au cours des mois à venir, la baisse des taux étant plus puissante qu’envisagé initialement, la porte est ouverte à des dérapages haussiers » énonce Romain Boscher.

Alexandre Baradez voit le Cac se situer à 5400-5500 points à fin décembre.

La Grèce, le principal risque identifié


Pour Romain Boscher, une crainte liée à la reprise dans la zone euro ou une inquiétude ravivée au sujet d’une tombée en déflation ne constitue pas un risque majeur à l’heure actuelle. « Le marché est me semble-t-il pleinement conscient que la reprise est poussive et qu’une déflation est installée ».

Les doutes palpables quant à la capacité du gouvernement français à mettre en œuvre les réformes requises pour assainir ses finances publiques ne devraient pas non plus conduire cette année à un dérapage sur le segment des taux souverains français et affecter la Bourse française en conséquence. « Le marché s’attend dans une large mesure à ne pas voir de nombreuses réformes d’envergure dans le pays. Il y a peu de place à une déception majeure de ce fait » argue le responsable de la gestion actions d’Amundi. « La problématique des réformes pourrait devenir dangereuse dans le cas où le gouvernement français échouerait à respecter ses objectifs de déficit budgétaire. Une deadline ayant été fixée à 2017, des tensions ne pourraient vraiment se faire ressentir que dans un an ou deux. Pour l’instant la Commission européenne devrait conserver une attitude plutôt clémente face à l’Hexagone » signale Alexandre Baradez.

Si en théorie, nous ne sommes pas à l’abri d’un risque d’erreur de communication de la Réserve fédérale américaine eu égard à son processus de normalisation de la politique monétaire, dans la pratique, il est peu probable que celle-ci survienne. « Nous avons toute confiance dans l’équipe dirigeante de la Fed et sommes d’avis qu’elle sera suffisamment habile pour éviter cette erreur » allègue Christian Jimenez. « Il y a lieu de ne pas sous estimer la répercussion de l’appréciation du dollar sur l’économie américaine. Une hausse de 20% de la valeur du billet vert équivaut à une remontée de plus de 3% des taux de référence de la Fed. Il y a donc déjà un resserrement indirect de la politique monétaire en œuvre » précise Romain Boscher.

La seule mauvaise surprise éventuelle qui ne soit pas pleinement intégrée concerne le dossier grec, prétend Daniel Tondu. « La probabilité que la Grèce sorte de la zone euro est en train de se renforcer sérieusement, même si elle reste en dessous de 50%. Dans le cas où cette sortie viendrait à se concrétiser, des perturbations pourraient être observées sur les marchés ».
Les désagréments liés à cet évènement devraient cependant être limités, assure Romain Boscher. « 90% de la dette grecque est détenue par des institutions publiques et parapubliques (BCE, FMI, FSF). La résolution du dossier grec est plus un enjeu politique qu’un enjeu de marché contrairement à ce qui s’est passé en 2012 où les investisseurs privés avaient dans une large mesure été mis à mal par la restructuration de la dette grecque »… « Nous sommes, qui plus est, dans une certaine mesure en capacité de mieux absorber les chocs. Une des raisons principales à cela est que le marché des obligations souveraines des pays de l’OCDE est abondamment détenu par des institutions publiques, notamment les banques centrales, qui ont une responsabilité, un agenda, des moyens d’action sans comparaison avec des investisseurs privés qui pourraient prendre peur plus rapidement et adopter des comportements plus brutaux ».

Quelques idées d'investissement

Une première thématique d'investissement distinctement identifiée est celle des dividendes. « Le rendement offert par les actions françaises est d’environ 3%, soit 7 fois plus que le rendement de l’OAT à dix ans, à 0,4%. Nous ne sommes, en outre, qu’au début de la récolte des dividendes. L’essentiel devrait être versé au deuxième trimestre » rappelle Romain Boscher.
« Nous plébiscitions en cela le secteur de l’assurance avec Axa, le secteur immobilier avec Unibail, le secteur de la santé avec Sanofi » confie Christian Jimenez. Le segment des foncières est également mis en avant par Daniel Tondu. « Nous nous sommes essentiellement renforcés sur des petites valeurs dont les cours sont très dépréciés par rapport aux grandes capitalisations, à l’instar de Tour Eiffel ».

Un autre thème apprécié est celle des valeurs qui tirent avantage de la baisse de l’euro, comme Atos, Capgemini, et Dassault Système selon Christian Jimenez ou Alten, Legrand, Mersen et Imerys d’après Vincent Durel, gérant actions françaises chez Fidelity Worldwide Investment.

Les valeurs portées par le redémarrage du cycle économique et du cycle du crédit sont également plébiscitées. Havas, Fnac, ou Crit ont été cités par Daniel Tondu comme des valeurs qui devraient tirer leur épingle du jeu dans ce registre. TF1 apparait particulièrement attractive pour Vincent Durel.
« Les valeurs financières devraient dans cette optique connaitre un progressif redressement, dans les 12 à 18 mois L’audit des actifs dans les bilans et les stress tests ayant été effectués, la marge de manœuvre est plus importante pour distribuer plus de crédits et générer plus de profits » confie Alexandre Baradez.
Le secteur de l’hôtellerie apparait comme présentant de multiples opportunités intéressantes pour Romain Boscher.

Daniel Tondu préconise également un retour modéré sur les valeurs pétrolières, notamment sur Technip. « Le cours du baril a vraisemblablement réalisé une bonne part de sa baisse. Nous devrions à présent constater une stabilisation. La nouvelle donne de l’Arabie Saoudite plaide pour l’absence de remontée brusque et significative du cours du pétrole à court terme ».

Un prolongement de la vague de consolidation du secteur des télécoms en France amène Vincent Durel à détenir en portefeuille Iliad, Orange, et Bouygues.

Une prudence est affichée en revanche par Romain Boscher à l’égard du secteur des utilities. « C’est un secteur très domestique qui ne peut donc pas vraiment jouir de la baisse de l’euro. Les dividendes attrayants proposés ne me paraissent pas soutenables en raison de l’épuisement de la rentabilité ».

Une méfiance est par ailleurs exprimée par Daniel Tondu à l’égard des dossiers dont les valorisations s’avèrent s’être tendues. « Nous avons allégé notre position sur L’Oréal de 6% à 2,5% ainsi que sur Teleperformance ». Le président de Gestion 21 a également décidé de sortir des dossiers qui ont l’air de souffrir d’un changement de stratégie important sur le marché, comme Michelin. « Le rachat du fabricant italien de pneus Pirelli par le groupe chinois China National Chemical a une véritable incidence. Michelin devrait se retrouver face à une concurrence intensifiée en Europe alors même qu’il a du mal à vendre en Asie. La valorisation n’est pas suffisamment attractive eu égard à ce nouvel environnement ».


Imen Hazgui

Publié le 22 Avril 2015