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Que faut-il retenir des résultats semestriels du CAC 40 ?

Que faut-il retenir des résultats semestriels du CAC 40 ?

(Easybourse.com) Avec une hausse de 29% de leurs bénéfices au premier semestre les entreprises du CAC 40 ont bien démarré l'année 2015. Soutenues par la baisse de l'euro et du pétrole, elles affichent des bilans solides. Cependant leurs dirigeants se montrent prudents, voire attentistes, face au ralentissement de la croissance chinoise et à la volatilité des changes. Dans quelle mesure ces éléments peuvent-ils impacter les entreprises françaises au second semestre ? Quels secteurs tireront leur épingle du jeu ? Eléments de réponse.

Drôle d’été pour le CAC 40. Au mois d’août l’indice parisien a subi l’une des plus violentes corrections de ces dernières années (-8,5%) effaçant une bonne partie de ses gains du premier trimestre. Ce mouvement brutal de baisse a surpris de nombreux investisseurs qui n’ont pas eu le temps de « digérer » les résultats semestriels des entreprises. Or ceux-ci sont plutôt réconfortants. Sur les six premiers mois de l’année les sociétés du CAC 40 ont dégagé un total de 39 milliards d’euros de bénéfices, soit une hausse de 29% par rapport à ceux du premier semestre 2014. « Dans l’ensemble les résultats des entreprises françaises au premier semestre 2015 ont été supérieurs aux attentes. Il y avait un peu d’inquiétude sur le deuxième trimestre en raison de l’environnement économique et politique - ralentissement en Chine, risque de défaut en Grèce- mais cela n’a pas eu d’impact sur l’activité. En revanche la baisse de l’euro et du pétrole s’est vraiment vue dans les comptes », analyse Arnaud Tourlet, gérant actions chez HSBC.

La baisse de l’euro (-18,6% par rapport au premier semestre 2014) a largement contribué au rebond des bénéfices. « C’est particulièrement vrai pour les entreprises qui réalisent une grande part de leur chiffre d’affaires en zone dollar », comme Airbus, LVMH ou L’Oréal, souligne le gérant. Lorsqu’ils rapatrient leurs profits les groupes tricolores bénéficient d’un taux de conversion plus favorable qui gonfle mécaniquement leur résultat. La hausse des chiffres d’affaires est plus modérée : +3% en moyenne. « C’est plus que la croissance européenne, un peu moins que la croissance mondiale, mais ce n’est pas si mal », juge Didier Roman, gérant chez Tocqueville Finance.

La croissance n'est plus dans les émergents

Ce constat cache de fortes disparités au niveau sectoriel. Plombé par la baisse des cours du pétrole, Total a vu son chiffre d'affaires plonger de 30% pour un bénéfice en baisse de 13%. Technip de son côté a publié une perte de 220 millions d’euros contre un bénéfice équivalent à la même période de l’année dernière. « Le secteur des matières premières et du pétrole fortement pénalisés par l’environnement actuel, avait déjà réduit ses prévisions et a des publications un peu meilleures qu’anticipé », observe Marie-Jeanne Missoffe, responsable de la gestion Actions Croissance chez Mandarine Gestion. « Parmi les bonnes surprises on peut citer le secteur bancaire dont les revenus et les marges sont en hausse. L’aéronautique (Airbus, Safran) est toujours en forte croissance et bénéficie de la baisse de l’euro. Les télécoms montrent des signes de convalescence, notamment Orange. Enfin les valeurs technologiques (Cap Gemini) bénéficient d’une demande soutenue en France et à l’international » ajoute-t-elle.  

Si certains groupes ont revu leurs objectifs annuels à la hausse (Capgemini, Unibail-Rodamco, Valeo, Safran, Vinci) les discours des dirigeants du CAC 40 restent néanmoins teintés de prudence. Le ralentissement de la croissance en Chine et dans un certain nombre de pays émergents inquiète.  « La Chine représente au plus 10 à 15% du chiffre d’affaires des groupes français. Que la croissance y soit à 5% au lieu de 7% n’est pas dramatique en soi. En revanche la chute des matières premières et les difficultés d’un certain nombre d’autres pays (Russie, Brésil) pourraient faire apparaître un problème de demande globale. Pour des groupes très internationalisés comme ceux du CAC 40, c’est un élément à prendre en compte », estime Arnaud Tourlet. Il reste cependant confiant sur l’évolution des bénéfices, attendus en hausse de 10% cette année et en 2016.

Marie-Jeanne Missoffe est encore plus optimiste et table sur une progression de 17% cette année. « Nous restons prudents sur les biens de consommation compte tenu du ralentissement de la croissance dans les pays émergents, notamment en Chine. En revanche nous avons renforcé notre exposition à la croissance européenne », en particulier sur les valeurs technologiques et de la santé. Une façon de se prémunir contre la volatilité des devises, qui devrait s’accroître avec le relèvement prochain des taux d’intérêts américains.

François Schott

Publié le 02 Septembre 2015