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Sortie de l'euro : la France pourrait-elle s'en sortir ?

Sortie de l'euro : la France pourrait-elle s'en sortir ?

(Easybourse.com) La campagne présidentielle a fait ressurgir le débat sur le rôle de l'euro dans les piètres performances économiques françaises. De Marine le Pen à Jean-Luc Mélenchon en passant par les "petits candidats", la sortie de l'union monétaire est désormais affichée comme un objectif ou comme une menace pour obtenir des concessions de la part de nos partenaires européens. Que peut-on attendre d'un retour au franc ? Bouffée d'oxygène ou nouvelle tempête financière ? Eléments de réponse.

Après n'avoir longtemps été qu'une hypothèse d'économistes, la sortie de l'euro est aujourd'hui l'un des enjeux clés de l'élection présidentielle française. Quatre des onze candidats proposent en effet d'en finir avec la monnaie unique, en dépit d'une opinion publique plutôt réticente à cette solution – 28% seulement des Français souhaitent un retour au franc, selon un sondage Elabe publié par Les Echos début mars. Marine le Pen a fait du démantèlement de l'euro l'un des points centraux de son programme. La candidate du Front national entend en effet "retrouver notre liberté et la maîtrise de notre destin en restituant au peuple français sa souveraineté (monétaire, législative, territoriale, économique)". Sur une position assez similaire, Jean-Luc Mélenchon veut renégocier les traités actuels pour en finir avec les règles de Maastricht (fondatrices de l'euro) et les politiques d'austérité. A défaut, affirme-t-il, la France dira "bye bye" à la monnaie unique. L'adversaire le plus déterminé de l'euro est sans conteste François Asselineau qui a fait du 'Frexit' – la sortie de la France de l'Union européenne et de l'union monétaire – l'objectif principal de son parti, l'Union populaire républicaine. Quant à Jacques Cheminade, il propose la substitution à la monnaie unique d'"euros-nationaux" pouvant fluctuer  en fonction des performances économiques de chaque pays.

Pour ces candidats, non seulement l'euro n'a pas tenu ses promesses de convergence entre les économies européennes mais il constitue un handicap pour la plupart de ses membres sauf l'Allemagne. L'euro serait un "deutsche mark bis", une monnaie forte adaptée à une économie compétitive et peu endettée, qui aurait précipité le déclin de l'industrie française. "L’impossibilité de dévaluer en cas d’augmentation des coûts salariaux ainsi que la surévaluation de l’euro ont obligé les entreprises industrielles françaises à diminuer le prix de vente de leurs biens, diminuant leurs marges, ainsi que l’investissement productif et donc la modernisation", peut-on lire dans l'argumentaire du FN contre la monnaie unique. Seul un retour au franc, accompagné d'une dévaluation d'environ 20%, pourrait rendre aux entreprises tricolores leur compétitivité et leur permettre d'exporter davantage. Elle permettrait également d'alléger le fardeau de la dette et de dégager de nouvelles marges de manœuvre budgétaires.

Des effets difficilement maîtrisables


En réalité, le FN propose un défaut partiel sur la dette française, puisque celle-ci vaudrait forcément moins en francs qu'en euros. "Pourquoi voulez-vous que les assureurs allemands, les banques centrales ou les fonds de pension américains acceptent cette perte ?" interroge Patrick Artus, chef économiste de Natixis. "A partir du moment où un Etat est déclaré en défaut toutes ses dettes sont exigibles. Les détenteurs d'obligations sont en droit de demander réparations en justice."

Un autre effet immédiat serait une flambée des taux d'intérêt qui rendrait le refinancement de la dette beaucoup plus coûteux sur les marchés. "Si l'on devait revenir au franc, les taux seraient 8 à 10 fois supérieurs à ce qu'ils sont aujourd'hui (environ 1% à dix ans, ndlr)" estime Bruno Colmant chef économiste de Degroof Petercam. Plutôt insupportable. Resterait alors le recours à la "planche à billets", le financement par la Banque de France. Il s'agit là d'une solution efficace pour résoudre le problème de la dette publique mais dangereuse pour les entreprises et les particuliers, qui subiraient les conséquences d'une inflation galopante et d'une hausse des taux d'intérêts, indique Jean-Marc Daniel, professeur à l'ESCP. "Sans des réformes structurelles notamment en termes d’innovation permettant à la France d’améliorer sa compétitivité hors coût, la dévaluation, loin de réduire le chômage, ne serait que le démarrage d’un enchaînement inflation/dévaluation dont le dernier exemple fut celui du début des années 80. Cela s’est terminé par l’obligation de mettre en place la politique de rigueur", ajoute-t-il.

La dévaluation serait également un coup porté à l'épargne et risquerait de provoquer un "bank run", une ruée aux guichets, comme à Chypre ou en Grèce. "Il faudra instaurer une limitation des retraits et un contrôle des sorties de capitaux dès le lendemain de l'élection. Si ces mesures devaient perdurer, cela se traduirait par une perte d’attractivité du territoire. La plupart des pays cherchent naturellement à éviter ce genre de dispositif", prévient M. Daniel.

Un remède pire que le mal 

L'argument consistant à dire que la dévaluation ramènera des investissements en France à long terme paraît également incertain. "L’éventuelle monnaie nationale réinstaurée perdrait ou gagnerait de sa valeur par rapport à d’autres devises étrangères. D’autre part, celle-ci serait assurément soumise à une forte volatilité sur les marchés. Cela aurait des contrecoups non négligeables sur le commerce et l’investissement en France, notamment pour les entreprises de dimension européenne ou internationale", avance Xavier Timbaud, directeur de l'Observatoire française des conjonctures économiques (OFCE).

Même les économistes les plus critiques vis-à-vis de l'euro et de son fonctionnement reconnaissent qu'une sortie ne va pas de soi. "Le coût de la sortie de l'euro et de la réintroduction d'une monnaie nationale serait immense", écrit le prix Nobel Paul Krugman dans une tribune publiée cette semaine par le New York Times. "Pour la France, sortir de l’euro entraînerait tous les coûts que la Grèce aurait eu à supporter sans aucun des bénéfices ", ajoute-t-il. La plupart des économistes s'accordent sur le fait qu'il faut réformer l'euro, en renforçant notamment la solidarité financière entre ses Etats membres. Sans quoi, la prochaine crise pourrait bien signer la fin de la monnaie unique.  
F.S.

Publié le 14 Avril 2017

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