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Travail, chômage, retraite : les 3 réformes économiques "clés" d'Emmanuel Macron

Travail, chômage, retraite : les 3 réformes économiques

(Easybourse.com) Le programme économique du nouveau président vise à "libérer" le potentiel de l'économie française tout en protégeant les plus vulnérables. Comment compte-t-il s'y prendre ? Quels sont les enjeux derrière les réformes annoncées ? Deux économistes donnent leur point de vue.

Emmanuel Macron l'a fait : au terme d'une campagne de toutes les surprises l'ex banquier d'affaires devenu ministre de l'économie accède, à 39 ans, à la fonction suprême. C'est peu dire que cette nouvelle présidence suscite de nombreuses interrogations compte tenu du parcours hors norme de l'homme, de son positionnement politique mais aussi de son programme promettant une "transformation complète, radicale" de la France.

Flexibilisation du marché du travail, réforme des retraites, baisse de la fiscalité des entreprises et des revenus du capital : le projet économique d'Emmanuel Macron se veut libéral et protecteur, réformateur et social. "L'idée est que l'Etat doit permettre à chacun de trouver sa place dans la société par une égalité de droits et de chances. C'est l'inverse du planisme du FN qui consiste à organiser les grandes structures sociales et industrielles d'en haut. Ce ne sont pas non plus les solutions conservatrices du Medef qui favorisent les détenteurs du pouvoir économique et politique au détriment des nouveaux entrants", explique Gaspard Koenig, fondateur du think tank GénérationLibre.

Mais pour Henri Sterdyniak, économiste à l'OFCE, "il y a dans ce programme une remise en cause du modèle social français reposant sur la solidarité et sur la concertation entre les partenaires sociaux." Trois mesures retiennent l'attention des économistes car elles constituent sans aucun doute les chantiers les plus explosifs du quinquennat qui s'ouvre.

1. Un marché du travail plus flexible


Dans le prolongement de la loi El Khomri, Emmanuel Macron entend donner plus de flexibilité aux employeurs pour négocier des accords d'entreprise avec leurs salariés. Sans toucher aux fondamentaux du code du travail (salaire minimum, durée légale du travail, égalité professionnelle, etc) ces accords pourront déroger aux conditions de travail fixées par les accords de branche, par exemple sur les horaires effectifs ou l'organisation du travail. Cette "inversion de la hiérarchie des normes" divise les syndicats dont certains craignent qu'elle n'entraîne un dumping social. Pour éviter un nouveau calvaire législatif, le président prévoit de faire passer ces mesures dès l'été, par ordonnance.

2. Un nouveau système d'assurance-chômage

Le nouveau président entend également mettre en place rapidement un système unique d'assurance chômage qui couvrira l'ensemble des personnes en emploi – salariés, artisans, commerçants indépendants, entrepreneurs, professions libérales, agriculteurs - et sera géré par l'Etat. Le régime social des indépendants (RSI) sera supprimé. Dans ce nouveau système les indemnités chômage seront versées même en cas de démission afin de faciliter les transitions professionnelles et encourager la création d'entreprise. "La contrepartie de ces droits nouveaux sera un contrôle accru de la recherche d’emploi, pour lequel les moyens de Pôle Emploi seront renforcés et les sanctions rendues justes et crédibles", précise le programme d'En Marche!. Pour Gaspard Koenig, cela ne tient pas debout : "Comment va-t-on demander à un indépendant pourquoi il a refusé deux offres d'emploi ? C'est absurde".
"C'est une fausse solution" confirme Henri Sterdyniak. "Il manque aujourd'hui environ 4 millions d'emplois en France. Il n'y a pas dans un coin des millions d'emplois que les chômeurs pourraient prendre s'ils étaient mieux formés ou s'ils avaient plus de volonté de travailler". Quant au chiffrage avancé par Emmanuel Macron, qui veut en profiter pour faire une économie de 10 milliards d'euros sur l'assurance chômage tout en maintenant le niveau actuel des prestations, il semble assez hasardeux.

3. Une remise à plat du système des retraites

Emmanuel Macron veut une remise à plat du système des retraites, jugé trop complexe et inéquitable avec ses 37 régimes différents. Il promet la création "système universel" inspiré de la retraite par points dans lequel "un euro cotisé donnera les mêmes droits à tous, quel que soit le moment où il a été versé, quel que soit le statut de celui qui a cotisé". L'objectif est de mettre sur un pied d'égalité les salariés du public et du privé, sans toucher au principe de répartition (les actifs continueront à cotiser pour les retraités). Cette réforme vise également à "responsabiliser" les Français, selon Gaspard Koenig, car chacun sera libre de choisir le moment de son départ à la retraite (au-delà de 62 ans, qui restera l'âge légal). "Chacun pourra consulter, à chaque instant, l’ensemble des droits qu’il a accumulés et la pension correspondante (…) mais ceux qui le souhaitent pourront choisir de travailler plus longtemps afin d'améliorer leur pension", précise le programme d'En Marche!. Cette plus grande souplesse doit régler une fois pour toutes le problème de l'âge légal et de la durée de cotisation.
Le nouveau système, s'il doit être voté au cours du quinquennat, n'entrera pas en vigueur avant 2022. "On ne conduit pas une réforme aussi ambitieuse dans la précipitation", a précisé Emmanuel Macron. Les personnes qui sont à moins de cinq ans de la retraite ne sont donc pas concernées. Pour les autres, la transition sera progressive, sur une période d’environ 10 ans, a précisé le président élu qui entend engager des négociations sur le sujet "dès le début" de son mandat.
François Schott

Publié le 09 Mai 2017