Chaque année, la France produit quelque 7 millions de tonnes de déchets industriels dangereux : huiles usagées, solvants, peintures, batteries, emballages souillés, aérosols, produits cosmétiques et pharmaceutiques, déchets phytosanitaires, boues industrielles, etc. Ces déchets sont collectés, transportés et « traités » le plus souvent par enfouissement ou par incinération. Or, ces deux méthodes sont loin d’être satisfaisantes d’un point de vue environnemental. L’enfouissement n’élimine pas le problème tandis que l’incinération en crée d’autres : rejets de résidus polluants, mauvaise acceptation par les riverains. C’est pourquoi plusieurs sociétés planchent sur de nouvelles méthodes destinées à traiter les déchets directement à l’usine et de manière définitive.

Un procédé issu du CNRS

L’une de ces sociétés, Innoveox, est porteuse d’une technologie innovante développée par le CNRS, l’oxydation hydrothermale supercritique (OHTS). Cette technique consiste en une oxydation accélérée des déchets dans un petit réacteur contenant de l’eau chauffée à 374 °C et mise sous une pression équivalente à 221 fois la pression atmosphérique (état dit supercritique). Résultat : une tonne de déchets toxiques est transformée en quelques heures en un mètre cube d’eau propre, où 99,9% des matières toxiques ont disparu. « C’est un nettoyant naturel superpuissant », résume Jean-Christophe Lépine, le PDG d’Innoveox.

Une première unité industrielle a été installée à Arthez de Bearn où la société réalise depuis deux ans des tests pour de grands groupes, notamment dans les secteurs de la pétrochimie, de la chimie et de la santé. « Notre technique correspond tout à fait aux besoins de ces secteurs », note Jean-Christophe Lépine, qui en veut pour preuve le contrat de qualification conclu l’année dernière avec Total afin de valider sa technologie pour le traitement des résidus pétroliers complexes. Aujourd’hui Innoveox affirme être en discussions avec une cinquantaine de clients potentiels, parmi lesquels de nombreuses multinationales. Elle espère ainsi capter une petite partie du marché du traitement des déchets industriels, estimé à six milliards d’euros pour ces trois secteurs à l’échelle mondiale.

Développement commercial

La société vient d’ailleurs d’enregistrer son premier succès commercial hors de l’Hexagone avec un contrat de 6 millions d’euros à la Réunion. Inter’val, numéro deux de la collecte des déchets sur l’île, confiera le traitement et la valorisation de ses déchets à la société parisienne, qui installera pour l’occasion une unité de traitement sur place. L’introduction en bourse d’Innoveox doit permettre à l’entreprise de lever environ 12 millions d’euros, qui serviront au déploiement commercial et à la construction de nouvelles unités de traitement mobiles. La société espère conclure au moins trois nouveaux contrats dans les prochains mois, mais le décollage du chiffre d’affaires n’est pas attendu avant 2016. A l’horizon 2018, le management vise un chiffre d’affaires de 30 à 40 millions d’euros. « Nous sommes un prestataire de services sur un marché qui n’est pas verrouillé. Si notre technologie est validée pour un site, elle le sera sur l’ensemble des sites d’un même groupe », explique Jean-Christophe Lépine. Le coût, par rapport à celui de la collecte, du transport par camion et du traitement qui sont aujourd’hui la règle, s’annonce compétitif.

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