La chute du baril n’inquiète pas que les majors pétrolières. Le secteur des énergies renouvelables observe également avec attention les fluctuations de l’or noir car elles pourraient freiner le développement de certaines filières au sein du secteur. C’est notamment le cas des énergies productrices de chaleur telles que la géothermie, le solaire thermique et le bois-énergie, aujourd’hui utilisées pour le chauffage des logements mais aussi des installations tertiaires et industrielles. La baisse des prix du fioul et dans une moindre mesure celle du gaz de ville pourraient en effet dissuader un certain nombre de consommateurs de s’équiper de pompes à chaleur et autres chaudières à bois, en dépit des aides en vigueur (crédit d’impôt). « Les niveaux de prix des énergies fossiles portent sérieusement atteinte à ces installations », a ainsi déclaré le président du Syndicat des énergies renouvelables (SER), Jean-Louis Bal, en ouverture du colloque annuel de cet organisme qui représentent les douze filières « ENR » en France.

Autre motif d’inquiétude pour les professionnels, la fin des tarifs de rachat pour les nouveaux projets de production d’électricité verte à grande échelle. Les centrales photovoltaïques qui seront mises en service à compter du 1er janvier 2016 devront en effet vendre leur électricité directement sur le marché moyennant un complément de rémunération fixé par le gouvernement. Or, à l’heure actuelle, les prix sur le marché de gros de l’électricité sont tirés vers le bas par les moyens de production les plus carbonés (charbon, gaz). Cela « obère tout investissement dans n’importe quelle nouvelle infrastructure de production», déplore Jean-Louis Bal.

Politique énergétique

Ces inquiétudes méritent cependant d’être nuancées. En 2015 les investissements dans les énergies renouvelables ont atteint 329 milliards de dollars, en hausse de 4% par rapport à l’année précédente, tandis que les investissements du secteur pétrolier ont baissé de 2,1% à 539 milliards. Mieux, plus de la moitié des nouvelles capacités de production installées dans le monde l’année dernière utilisent une énergie renouvelable, principalement l’éolien et le solaire. Pour Michael Liebreich, directeur du Bloomberg New Energy Finance (BNEF), un centre d’analyse spécialisé dans les ENR, cela illustre « l'amélioration de la compétitivité du solaire et de l'éolien » alors que la rentabilité des nouveaux projets pétroliers est, elle, mise à mal.

Reste que les facteurs conjoncturels et les prix de marché ne sont pas les principaux déterminants de la politique énergétique. Les investissements colossaux de la Chine dans les énergies renouvelables en 2015 répondent avant tout à la nécessité de rééquilibrer son modèle très émetteur de CO2. En Europe, où la consommation d’électricité stagne depuis plusieurs années, les montants investis dans les ENR ont logiquement baissé à 58,5 milliards de dollars, leur plus bas niveau depuis 2006. En France ils se sont contractés de 53% à 2,9 milliards de dollars. Ce qui n’empêche pas les gouvernements d’afficher des objectifs ambitieux en la matière. La loi sur la transition énergétique adoptée en août vise à doubler la part des énergies renouvelables d’ici 2030, afin qu’elles assurent près du tiers de la consommation française d’électricité. Pour ce faire le ministère de l’écologie planche sur une simplification de la procédure d’appel d’offres censée réduire le délai de mise en œuvre des projets, mais aussi sur de nouveaux tarifs d’achat. Des mesures attendues avec impatience par les acteurs de la filière qui garderont tout de même un oeil sur l’évolution des cours du pétrole.