On connaissait le rôle des phéromones dans l'attirance entre deux êtres d'une même espèce. Ce que l'on sait moins c'est que ces odeurs naturelles peuvent également servir à protéger nos récoltes. Une toute jeune société française, M2i, en a fait sa spécialité. Créée en 2012 par deux frères issus du monde de la chimie, M2i parvient à reproduire ces molécules sous forme solide ou liquide et à les conditionner afin qu'elles puissent être utilisées par les agriculteurs comme une alternative aux pesticides.

Ces produits entièrement naturels agissent de deux manières. La première dite de "confusion sexuelle" consiste à perturber la reproduction des insectes. En saturant l’atmosphère en phéromones, les mâles sont incapables de localiser les femelles ce qui limite les accouplements et donc la présence de chenilles dans les récoltes et les plantations. La deuxième, le "piégeage", consiste attirer les insectes (femelles et/ou mâles) dans une zone spécifique afin de les piéger.

Ces techniques ont fait leurs preuves. Selon le ministère de l'agriculture, 50% surfaces de vergers de pommiers et de poiriers français sont aujourd'hui protégés grâce à l’utilisation de phéromones et des techniques de confusion sexuelle. Ce qui n'empêche pas le recours aux fongicides et à d'autres traitements chimiques complémentaires. "Notre discours n'est pas de dire que nous allons remplacer totalement les pesticides mais qu'il faut un rééquilibrage entre les méthodes naturelles de protection et les méthodes chimiques. Aujourd'hui il est possible de produire mieux en consommant moins d’eau, moins d’énergie fossile, moins d’antibiotiques", explique Philippe Guerret, directeur général et cofondateur de M2i.

La société a d'ailleurs noué en 2015 un accord de distribution avec un poids lourd de l'agrochimie, Nufarm, qui commercialisera l'une de ses phéromones (contre la chenille processionnaire du pin) en France et potentiellement dans d'autres pays. Elle s'est également associée aux leaders français de la santé animale, Ceva et Virbac, pour défricher le marché du "biocontrôle animal". Certaines phéromones peuvent en effet apaiser les animaux et réduire les risques de maladies. "Il s'agit encore d'un marché de niche, essentiellement centré sur les animaux domestiques, mais nous espérons pouvoir aussi nous développer sur les animaux d'élevage", indique Philippe Guerret.

Homologations en cours

Les promesses de ces marchés ne sont pas minces. En 2014 le secteur du biocontrôle végétal -dont M2i n'adresse qu'une partie- a généré 2,7 milliards de dollars de chiffre d'affaires au niveau mondial. Ce chiffre devrait doubler d'ici 2020, selon la société Global Industry Analyst. Quant au marché du biocontrôle animal sa croissance est attendue à 20% par an. En dépit de cet engouement les procédures d'homologation peuvent être longues. "Certains pays ont prévu une procédure spécifique pour les produits de biocontrôle. C'est le cas notamment en Amérique du Sud. Mais en Europe nous sommes sur les mêmes procédures que pour des produits phytosanitaires classiques", regrette Philippe Guerret. La société attend ainsi la plupart des autorisations pour ses produits de grandes cultures (maïs, coton, banane, arbres fruitiers). Elles ne devraient pas intervenir avant 2018. Dans l'immédiat elle mise sur ses produits pour parcs et jardins, déjà commercialisés, et sur le démarrage de ses partenariats en France dans le biocontrôle animal. Ces deux segments devraient générer un chiffre d'affaires de 4,6 millions d'euros en 2016. Par ailleurs M2i poursuit son activité 'historique' de fabrication de produits pharmaceutiques pour le compte de grands laboratoires. Celle-ci lui a permis de dégater un revenu de 3 millions d'euros en 2015 et est attendue en forte croissance cette année (8,5 millions). 

L'introduction en bourse, assortie d'une augmentation de capital de 15 millions d'euros, servira à financer le développement de ces deux activités et plus particulièrement la montée en puissance de la partie biocontrôle. M2i entend renforcer ses équipes commerciales et juridiques afin de préparer son expansion géographique en Europe mais aussi dans les pays émergents (Amérique du Sud, Afrique du Nord notamment). Elle prévoit l'ouverture d'une filiale en Amérique du Nord en 2017. En outre une partie des fonds servira à l'installation de nouvelles machines de flaconnage dans son usine de Salin de Giraud (Bouches-du-Rhône).

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NB: l'offre au public se termine le mercredi 6 juillet à 17h (heure de Paris) pour les souscriptions aux guichets et 20h pour celles sur internet.