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L'industrie solaire française craint de ne pas passer l'hiver

L'industrie solaire française craint de ne pas passer l'hiver

(Easybourse.com) Le moratoire décrété par le gouvernement afin de remettre à plat les aides au photovoltaïque sème la pagaille dans la filière. Pour les PME du solaire, le début de l'année 2011 s'annonce périlleux.

En cette fin d’année 2010 où la rigueur du climat se dispute à celle des comptes publics, les entreprises du secteur solaire ont le sentiment d’avancer dans le brouillard le plus complet. Début décembre, le gouvernement a suspendu l’obligation de rachat par EDF de l’électricité produite à partir d’installations photovoltaïques (sauf pour les particuliers), dénonçant un risque de surchauffe alors qu’il encourageait jusqu’alors vivement le développement de la filière. Depuis 2008, la puissance du parc de panneaux solaires français a été multipliée par dix et devrait atteindre 850 mégawatts (MW) à la fin de l'année. Ce développement «nettement plus rapide que prévu» a «un coût pour la collectivité et pour le consommateur final d’électricité», a expliqué François Fillon qui veut «définir un nouvel équilibre pour mettre fin à la création d’une véritable bulle spéculative».

Des mesures radicales

Un moratoire de trois mois a été décrété sur tous les projets d’une puissance supérieure à 3 kilowatts, le temps de définir un nouveau cadre réglementaire, avec sûrement à la clé une baisse des tarifs de rachat. Pour Yann Maus, le président de l’Association des industriels français du photovoltaïque (AIFP), le gel des raccordements menace l’équilibre de la filière, en particulier des PME-PMI qui ont consenti de lourds investissements au cours des deux dernières années.


 
M. Maus ajoute que la société qu’il dirige, Fonroche, a perdu l’essentiel de son carnet de commande pour 2011. «Nous avions 230 mégawatts (de panneaux) dans notre carnet de commandes à fin octobre, il en reste 80 aujourd’hui», précise-t-il. Photowatt, l’un des tout premiers fabricants au monde de cellules photovoltaïques aujourd’hui concurrencé par les industriels chinois, se retrouve dans une situation similaire :



 
Levée de boucliers chez les écologistes

Autre illustration des difficultés rencontrées par les industriels, l’américain First Solar, l’un des principaux fabricants de panneaux solaires, a annoncé mi-décembre qu’il ajournait les travaux de son usine de Blanquefort, près de Bordeaux. Le chantier devait démarrer début janvier pour une mise en service en 2012. Cette activité, en partenariat avec EDF Energies Nouvelles, devait créer à terme 400 emplois. Mais le moratoire entraîne un «changement de visibilité à long terme du marché français», d’après le groupe américain qui menace de renoncer purement et simplement à son projet d’implantation.

Alertés par cette situation, plusieurs députés ont demandé le retrait du décret du 9 décembre 2010 suspendant les aides au secteur solaire. «Si vous croyez réellement en l'utilité des énergies renouvelables, vous devez lever ce moratoire sans délai et engager une véritable négociation avec tous les acteurs de la filière pour garantir un cadre réglementaire stable», a demandé le député Vert François de Rugy à la ministre de l’écologie Nathalie Kosciusko-Morizet.

En revanche pour Serge Poignant, le président de la Commission des affaires économiques de l'Assemblée nationale, il y a bel et bien un problème de financement de l'énergie solaire. Si la filière continuait à se développer au rythme actuel, le coût pour l’Etat deviendrait exorbitant et pourrait se répercuter sur la facture EDF, selon le député UMP de Loire-Atlantique...





Face à la levée de boucliers des professionnels du solaire et d’une partie de la classe politique, le gouvernement n’entend pas faire marche arrière. «Dans le cadre du Grenelle, nous avons toujours imaginé le développement maîtrisé du photovoltaïque, le temps de laisser à la France la capacité de constituer une filière nationale. Aujourd'hui, nous estimons que nous n'en avons pas pour notre argent. Les emplois qui se sont développés se trouvent dans les bureaux d'étude et l'installation, pas dans l'industrie», a souligné Nathalie Kosciusko-Morizet en réponse aux critiques des députés écologistes. Mais à l’heure où de nombreux responsables insistent sur le coût des aides au solaire, le Syndicat des Energies Renouvelables rappelle que le secteur crée aussi des emplois. D'après une enquête menée cet été auprès de 265 entreprises, la filière photovoltaïque emploierait en France plus de 24 000 personnes, dont 27% dans l’industrie, 4% dans les laboratoires et 69% chez les installateurs et les entreprises d’ingénierie…C'est deux fois plus qu'à la même époque de l'an dernier.

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François Schott

Publié le 28 Décembre 2010