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La France peut-elle relever le défi de l'éolien offshore ?

La France peut-elle relever le défi de l'éolien offshore ?

(Easybourse.com) Le gouvernement s'apprête à lancer un gigantesque appel d'offres pour l'installation d'éoliennes « off-shore », le long du littoral atlantique. Un vaste chantier industriel dans lequel des groupes comme Alstom ou Areva comptent bien tirer leur épingle du jeu. Mais il leur faudra combler leur retard sur d'autres fabricants européens.

« La mer qu’on voit danser le long des golfes clairs… ». En composant cette chanson, Charles Trenet imaginait-il qu’un jour la mer confondrait ses blancs moutons avec les mâts et les pales des éoliennes, ces moulins du XXI siècle ?

En ce début d’année 2011, la France se lance dans la course au large et promet d’édifier six-cents éoliennes « offshore » le long des côtes normandes et vendéennes. Un gigantesque appel d’offres - 10 milliards d’euros- va être lancé au mois de mai afin de sélectionner les meilleurs projets du secteur privé. Ces derniers devront se concentrer sur cinq zones choisies par l’Etat : Dieppe-Le Tréport (Seine Maritime), Fécamp (idem), Courseulles-sur-Mer (Calvados), Saint-Brieuc (Côtes d’Armor) et Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). D’autres appels d’offres suivront afin de doubler le nombre d’éoliennes en mer. Au total, 6000 mégawatts de puissance doivent être installés d’ici 2020, soit plus que la capacité actuelle des fermes éoliennes terrestres.

Rattraper le temps perdu

Si l’Etat mise sur l’éolien offshore, c’est avant tout parce qu’il y voit une filière industrielle porteuse. «Au-delà des enjeux environnementaux, les investissements dans la filière éolienne constituent un vecteur de relance de l’économie française. La réalisation de l’objectif du Grenelle doit permettre la création d’une véritable filière industrielle, représentant plusieurs dizaines de milliers d’emplois», affirme une étude de Cap Gemini pour l’Ademe, publiée en mars 2010. Le ministère de l’écologie avance même un chiffre : 50 000 emplois créés d’ici 2020.

La France dispose de compétences et de savoir-faire sur l’ensemble de la filière

«Les exemples de l’Espagne et du Portugal montrent que cet objectif est réaliste. Alors que ces deux pays étaient en retard par rapport au Danemark et à l’Allemagne, ils sont parvenus, grâce à la mise en place d’une politique volontariste, à développer une filière industrielle. Le cas du Portugal est à cet égard particulièrement symbolique puisque, avec un objectif de 2000 MW (mégawatts), ce pays a réussi à construire un cluster éolien représentant 2000 emplois directs et quelques 5500 emplois indirects, tous locaux»
,
précise Cap Gemini.

Mais en matière d’éolien, la France a toujours un temps de retard. L’Hexagone ne compte aujourd’hui aucun parc offshore et aucun n’est en construction, là où d’autres pays comme l’Allemagne, la Belgique ou encore le Royaume-Uni ont déjà à leur actif plusieurs réalisations. Or, la procédure d’appel d’offres choisie par l’Etat français est longue : une fois les projets sélectionnés, au premier semestre 2012, les candidats devront patienter jusqu’en 2013 pour obtenir la « levée des risques » (recours administratifs, etc) et commencer les travaux, au mieux, en 2015. Les créations d’emplois risquent d’attendre…

Alstom et Areva en chefs de file

Par ailleurs, l’éolien offshore nécessite des compétences et un savoir-faire que les industriels français n’ont pas encore. Dans ce domaine, les allemands Siemens, Repower, Enercon, et les danois Nordex et Vestas ont pris de l’avance. Ils pourraient rafler la mise lors de l’appel d’offres qui sera lancé au printemps. Face à eux, les énergéticiens français tentent de s’organiser. Alstom est ainsi en train de développer, en partenariat avec EDF Energies Nouvelles, une turbine de grande puissance (6 MW) adaptée aux vents forts des façades maritimes. Sûr de sa technologie, il vise une place de leader en France et compte ouvrir plusieurs usines d’assemblage sur le territoire. «Alstom est prêt à développer, à partir de la France, une filière industrielle génératrice d’emplois et d’exportation», a fait savoir Philippe Cochet, le vice-président senior d’Alstom Hydro & Wind.

Même le spécialiste du nucléaire Areva se lance dans le marché de l’éolien offshore. Grâce au rachat du fabricant allemand d’éoliennes Multibrid 1, finalisé en 2009, le groupe déjà installé six turbines en Mer du Nord dans le premier parc offshore allemand et dispose de 600 MW programmés dans les grands projets européens. Sa filiale Areva Wind vise 25% du marché offshore européen ainsi qu’un chiffre d’affaires de 5 milliards d’euros en 2012 !

Développer les ports

Ces grands groupes peuvent compter sur un tissu de PME-PMI qui fournissent déjà l’industrie éolienne à terre, et sont prêtes à se positionner sur les marchés de l’offshore, selon Cap Gemini. «La France dispose de compétences et de savoir-faire sur l’ensemble de la filière de l’éolien en mer : les industries mécaniques, électriques, aéronautiques navales, génie civil, génie maritime», indique le cabinet de conseil. Reste à développer les infrastructures portuaires pour l’assemblage et le stockage des machines, ainsi que les services de logistique en mer qui actuellement n’existent pas. On peut noter dans ce domaine les initiatives des ports du Havre et de Saint-Nazaire qui ont signé en décembre un accord de coopération portant sur la mise en place d’une filière industrielle.

Ainsi, pouvoir publics et industriels français se mobilisent pour le développement de l’éolien en mer. Mais au-delà des préoccupations environnementales, ils misent sur les emplois pour convaincre la population locale, parfois très hostile aux projets d’implantation. C’est à cette condition que cette nouvelle énergie parviendra à s’intégrer dans le paysage français.


François Schott

Publié le 08 Février 2011