L’une des plus belles réussites espagnoles de ces dernières années était un leurre. Le fournisseur espagnol de wifi Gowex a déclaré dimanche qu'il déposerait son bilan et son PDG et fondateur Jenaro Garcia Martin a démissionné après avoir admis qu'il avait fait état de comptes falsifiés depuis ces quatre dernières années au moins.

Le groupe assurait avoir dégagé en 2013 un chiffre d'affaires de 182,6 millions d'euros or ses revenus étaient en réalité dix fois moindres, selon le bureau d’études Gotham City Research qui a mis au jour la fraude. Ce dernier s’est félicité lundi des aveux de M. Jenaro Garica Martin, qui avait été élu « Entrepreneur de l’année » en 2011 par le cabinet Ernst&Young.

Gowex s’était fait connaître en France en 2012 en équipant une partie du métro parisien d’un réseau wifi accessible gratuitement. La société affirme être présente dans 91 villes dans le monde. Jusqu'à la suspension de sa cotation jeudi sur le marché alternatif espagnol (MAB), Gowex avait connu une ascension fulgurante, son titre passant de 1,20 euro en juillet 2012 à un pic de 26,34 euros en avril 2014, soit un gain de 2.200% dû tout à la fois à l'annonce de nouveaux contrats et à la présence à son tour de table d'investisseurs institutionnels de premier plan.

Un marché défaillant?

Mais l'action, qui est également cotée à Paris et New York, a plongé de 60% en deux jours - soit environ 870 millions d'euros de capitalisation boursière envolés - après les accusations de falsification des comptes portées par Gotham City Research. Ce bureau d’études, quasiment inconnu jusqu’ici, reconnaît agir pour le compte d’investisseurs « short » mais se défend de toute manipulation de cours. Les aveux du PDG de Gowex lui donnent raison, au moins pour la société en question.

La faillite de Gowex soulève des questions non seulement sur la qualité de la supervision boursière en Espagne mais aussi sur la santé d'autres sociétés qui, faute d'accès à des financements bancaires pendant la crise, ont choisi de lever des fonds en se faisant coter sur le MAB. « Il y a beaucoup de doutes et un manque de confiance », a dit à Reuters Nuria Alvarez, analyste chez le courtier Renta 4, pour qui cette affaire risque de faire du tort à la réputation de la place. Lundi, quatre sociétés cotées sur ce marché alternatif - Ibercom , Ebioss, Carbures et Eurona - ont demandé leur transfert sur le marché principal afin d’échapper à la tourmente. Cette crise de confiance affecte également BME, l’opérateur de la bourse de Madrid dont le titre a cédé 2,7% sur un marché (IBEX) en baisse de 1,1%.