Wall Street se prépare à accueillir un nouveau géant. Alibaba, numéro un chinois du commerce en ligne, pourrait faire son entrée en bourse vers le 18 septembre – la date reste à confirmer – et celle-ci s’annonce spectaculaire. Dans une mise à jour vendredi de son projet, le groupe dit vouloir placer 320,1 millions de certificats de dépôt sur le New York Stock Exchange (Nyse), au prix unitaire de 60 à 66 dollars, soit une opération comprise entre 19,2 milliards de dollars et 21,1 milliards.

En cas de forte demande 48 millions de titres supplémentaires sont envisagés, ce qui pourrait porter le produit à 24,3 milliards et faire de cette introduction en bourse la plus grosse de l’histoire. Le record est actuellement détenu par un autre chinois, AGBank, qui a levé 22,1 milliards de dollars en 2010 sur les places de Hong-Kong et Shanghai. Parmi les valeurs technologiques, l’IPO d’Alibaba surpasserait nettement celle de Facebook qui avait atteint 16 milliards de dollars en 2012.

En termes de capitalisation boursière, Alibaba sera valorisé autour de 155 milliards de dollars, soit peu près autant qu'Amazon (160 milliards à la clôture de vendredi) et plus du double d'eBay (67 milliards). Alibaba est souvent comparé à un hybride de ces deux sociétés américaines: comme eBay, il a des plateformes servant d'intermédiaire entre des commerçants et des acheteurs, mais ne vend pas ses propres produits; comme Amazon, il se diversifie dans des activités s'éloignant du commerce, avec des acquisitions et participations récentes dans d'autres services en ligne (réseaux sociaux, vidéo, réservations de voyages...), les médias, ou même la poste de Singapour.

Un groupe très chinois

Le groupe chinois affiche aussi une croissance bien plus rapide que ses concurrents américains, et une rentabilité beaucoup plus élevée. Ses derniers résultats trimestriels (avril-juin) montraient un chiffre d'affaires en hausse de 46% sur un an à 2,5 milliards de dollars, et un bénéfice net presque triplé à près de 2 milliards, quand Amazon est traditionnellement à peine bénéficiaire, voire carrément dans le rouge.

Cependant Alibaba n’est pas sans points faibles. Le groupe réalise aujourd’hui 85% de son chiffre d’affaires en Chine et est attaqué sur ce marché par deux autres poids lourds, Tencent (réseau social, jeux vidéo) et Baidu (moteur de recherche), qui ont récemment décidé d’unir leurs forces pour vendre des produits à leurs centaines de millions d’utilisateurs. A lui seul, le réseau social WeChat de Tencent revendique 430 millions d’utilisateurs, qui sont autant de consommateurs en puissance, contre 279 millions d’acheteurs « actifs » pour Alibaba. Ce dernier va donc devoir convaincre les investisseurs qu’il peut contenir la menace de ces concurrents chinois tout en se diversifiant à l’international.

Quoi qu’il en soit l’introduction en bourse d’Alibaba devrait susciter l’intérêt des investisseurs compte tenu de l’immense potentiel du marché de l’e-commerce chinois et de la difficulté pour les groupes internet étrangers d’y pénétrer. La valorisation du groupe telle qu’elle ressort de la fourchette de prix indiquée paraît raisonnable, sachant que les analystes tablaient en moyenne sur une capitalisation proche de 200 milliards de dollars.